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Süleyman Demirel. Ancien président turc 20 juin 2015

Posted by Acturca in History / Histoire, Turkey / Turquie.
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Le Monde (France) samedi 20 juin 2015, p. 23

Marie Jégo

Süleyman Demirel, qui domina la scène politique turque pendant trente-cinq ans, est mort, mercredi 17 juin, à l’hôpital Guven d’Ankara, des suites d’une infection pulmonaire. Il avait 91 ans. Après la cérémonie officielle des funérailles prévue dans la capitale turque, vendredi 19 juin, l’ancien président devait être inhumé dans son village natal d’Islamköy (région d’Isparta), où il a déjà son musée. Les drapeaux sont en berne, un deuil de trois jours a été annoncé.

Poids lourd de la politique turque de 1965 à 2000, Süleyman Demirel fut premier ministre à sept reprises et président de 1993 à 2000. Sa carrière se déroula à une époque où la Turquie subit des transformations profondes, passant d’un mode de vie essentiellement rural et ancestral à celui d’une société urbanisée et industrialisée. « Nous avons sauvé de l’obscurité la plupart des villages qui n’étaient pas reliés au réseau électrique en remplaçant les becs de gaz par des ampoules » , devait-il rappeler lors de sa dernière apparition publique, lorsqu’il inaugura le musée portant son nom à Islamköy, en octobre 2014.

Né en 1924 dans une famille de fermiers aisés, Demirel commença sa carrière politique après le coup d’état militaire de 1960, lorsque les pachas (« généraux ») ordonnèrent la pendaison du premier ministre de l’époque, le libéral Adnan Menderes, ainsi que deux de ses ministres, qu’ils soupçonnaient de corruption. Le coup s’avéra fatal pour le Parti démocrate, créé par Menderes en 1946 comme le premier parti d’opposition dans un système caractérisé jusque-là par le parti unique, celui d’Atatürk.

Après avoir travaillé quelque temps à la construction de barrages, y compris pour le gouvernement Menderes, Süleyman Demirel, jeune ingénieur des travaux publics, prend la tête, en 1964, du Parti de la justice (AP), qui tente de combler le vide laissé au centre droit par la disparition du Parti démocrate. La victoire d’AP aux élections propulse « Sülo, le berger » (l’un de ses surnoms, une allusion à ses origines paysannes) sur les bancs du Parlement. En 1969, puis en 1970, il est premier ministre à deux brèves reprises avant d’être renversé, en 1971, par un coup d’Etat militaire.

Devenu premier ministre pour la quatrième fois en 1979, il subit de plein fouet le troisième « putsch . Le journaliste Mehmet Ali Birand racontera par la suite comment, dans la nuit du 11 au 12 septembre 1980, Demirel était en train de converser par téléphone avec son ministre de l’intérieur lorsque la ligne fut brusquement coupée, tandis que des soldats faisaient irruption dans sa résidence. « C’est dommage pour la patrie, dommage pour nous tous » , aurait-il déploré. Il sera emprisonné un mois dans la région de Gelibolu, et fut durablement interdit de politique.

Pragmatique

Une fois l’interdiction levée, il créa, en 1987, le Parti de la juste voie (DYP, centre droit), « la formation des bouffeurs de soupe » , disaient alors ses détracteurs, histoire de souligner son ancrage dans l’Anatolie profonde. Bouffeur de soupe, certes, mais respectueux de la liberté d’expression, Süleyman Demirel, qui fut croqué à l’envi par les caricaturistes turcs, ne leur intenta jamais un seul procès.

Pragmatique, il n’avait pas son pareil pour captiver le public en combinant habilement les références à la tradition, au Livre saint, le tout mâtiné d’appels à la modernisation. A nouveau premier ministre en 1991, il atteint la consécration en 1993, à la mort du président réformateur Turgut Özal, dont il prend la succession. Surnommé « papa » par les militants, il est décrié pour ses liens avec des personnalités interlopes – notamment avec le parrain Inci baba (Idris Özbir), qui, en délégation officielle, profita d’une visite présidentielle aux Etats-Unis pour se recueillir sur la tombe d’Al Capone.

Cinq ans après avoir endossé l’habit de président, le voilà rattrapé par un nouveau coup d’Etat militaire. En février 1997, l’armée, gardienne du dogme kémaliste, exige le renvoi du gouvernement de coalition dirigé par l’islamo-conservateur Necmettin Erbakan mais renonce à faire rouler ses blindés dans les rues d’Ankara. Süleyman Demirel y fut sans doute pour quelque chose, habile à convaincre les généraux de procéder à un coup en douceur, « postmoderne », comme disent encore les Turcs.

1er novembre 1924, Naissance à Islamköy (Turquie)

Septembre 1980, Son gouvernement est renversé par un coup d’Etat.

1987 Crée le Parti de la juste voie

1993-2000, Président turc

Mercredi 17 juin, Mort à Ankara

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