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Le tigre économique turc s’est essoufflé 5 juin 2015

Posted by Acturca in Economy / Economie, Turkey / Turquie.
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Les Echos (France) no. 21952, vendredi 5 juin 2015, p. 7

Yves Bourdillon

Avec 2 % de croissance cette année, les investisseurs sont plus méfiants et la livre turque a perdu 40 % de sa valeur depuis 2013.

Les grues concurrencent les minarets sur la ligne de ciel d’Istanbul. « Il n’y a pas de chômage dans le BTP » , souligne Leyla, une architecte, en désignant un des nombreux chantiers de rénovation de l’ancienne Byzance, à deux pas du parc Gezi où la contestation avait fait vaciller le régime en mai 2013. Ce n’est pas pour rien que la Turquie est le premier producteur européen de ciment. Les chantiers d’infrastructures pharaoniques abondent : un troisième aéroport, un troisième pont sur le Bosphore, sans oublier le palais de 1.100 pièces (!) du président Erdogan, trois fois le château de Versailles. De leur côté, les multinationales d’électroménager et d’automobiles continuent de se frotter les mains de s’être implantées dans le pays. En bordure d’un Moyen-Orient à feu et à sang, la Turquie apparaît comme une poche de prospérité et de dynamisme.

A moins qu’il ne faille parler de bulle… C’est en effet une autre facette que raconte Mahsoun, un Kurde qui a tout quitté pour devenir serveur à Istanbul. Si le SMIC se monte à 950 livres (environ 320 euros), il n’en perçoit que 500. Illégal ? Certes, mais c’est mieux que dans sa ville natale de Bingol, où ses dix frères et soeurs ne gagnent que… 150 livres. C’est la face cachée du « miracle » économique turc. Le chômage dépasse 11 %, au plus haut depuis cinq ans, la productivité horaire par tête est la plus basse de l’OCDE, la distribution des revenus s’avère la plus inégalitaire d’Europe et la majorité des habitants demeurent pauvres. Ou vivent au-dessus de leurs moyens en jonglant avec leurs crédits à la consommation, quitte à rogner sur leurs soins de santé, estime Nur Bolat, PDG d’une chaîne de cliniques, « pour un Turc, une carte bancaire est devenue aussi essentielle que l’eau et le pain » .

Un déficit extérieur insoutenable

La Turquie subit un gros trou d’air depuis 2010-2011 où, grâce à un marché domestique survitaminé, elle enregistrait la plus forte croissance des grands pays de la planète, derrière la Chine, à près de 9 %, et ambitionnait de devenir la dixième économie mondiale. « La croissance sera sans doute inférieure à 2 % en rythme annuel au premier trimestre » , pronostique Seyfettin Gürsel, économiste à l’université de Bahçesehir. Ce ralentissement depuis trois ans était inéluctable au vu du talon d’Achille du pays, le déficit de ses échanges extérieurs. Equivalent à 10 % du PIB en 2010, il était insoutenable, obligeant le gouvernement à freiner les importations. S’y ajoute, depuis la vague de contestation du régime il y a deux ans, une grave crise de confiance au vu des dérives autoritaires du président Recep Tayyip Erdogan, des scandales de corruption et des atteintes flagrantes à l’Etat de droit. Güven Sak, économiste du think tank Tepav, craint que « pour faire des affaires en Turquie il faille moins embaucher des avocats que se lier à des politiciens » et ajoute : « Nous vivons quand même dans un pays où le président se permet d’accuser le gouverneur de la banque centrale d’être un traître en raison de son refus de baisser les taux d’intérêt, alors que l’inflation frôle les 10 %! »

Les investisseurs étrangers, aux deux tiers européens, se méfient : ils ne financent plus qu’un cinquième du déficit extérieur, le solde provenant de crédits court terme susceptibles de disparaître au moindre choc. La livre turque a perdu 40 % depuis mai 2013, à un plus bas historique, au risque d’étrangler entreprises et ménages endettés en devise.

Les élections de dimanche seront donc cruciales pour le climat des affaires, souligne Sinan Ulgen, de la Fondation Carnegie, « car la perspective d’un référendum sur l’hyperprésidentialisation du régime Erdogan créerait des mois d’incertitudes et bloquerait tout agenda de réformes, pourtant urgentes » , afin de restaurer la confiance envers la monnaie, dissiper les doutes sur l’indépendance de la justice, libéraliser certains marchés, notamment celui du travail. Ali Babacan, le vice-Premier ministre responsable de l’Economie, en a conscience, qui estime que l’économie dépend trop du boom du BTP. Mais le président Recep Erdogan, proche de magnats de la construction, préfère dénoncer le lobby des taux d’intérêt…

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