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« Mustang » , mariages à la turque 20 mai 2015

Posted by Acturca in Art-Culture, France, Turkey / Turquie.
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Le Figaro (France) no. 22014, mercredi 20 mai 2015, p. 27

Nathalie Simon

Quinzaine des Réalisateurs. Saisissante, l’histoire de ce premier film, Mustang, de Deniz Gamze Ergüven née à Ankara, en Turquie. Orphelines, Lale et ses sœurs aînées, Sonay, Nur, Selma et Ece, sont élevées par leur grand-mère. Un jour, leur oncle juge que l’école est trop souple avec elles. Et décide de les enfermer dans la maison familiale située au bout d’une petite route isolée, dans un village reculé au bord de la mer Noire. Le but de l’oncle est de garder les jeunes filles « chastes et pures » pour le mariage. Plus elles voient les murs s’élever autour de la maison, plus la fougueuse Lale mûrit sa révolte et son évasion.

Au début, la fillette avoue sans ambages que « ça » avait bien commencé, mais qu’ensuite « c’est de la merde » . Effectivement, les premières images regorgent de soleil et de gaieté. On voit des écoliers dans le costume imposé par le système scolaire qui s’amusent dans les vagues. Mais très vite, la fin de l’insouciance laisse place à l’emprisonnement physique et moral de jeunes pousses pleines de vie. La grand-mère met sous clef ordinateurs et téléphones portables. Ses petites-filles ne doivent pas être perverties.

La réalisatrice évoque le désir de liberté, les premiers émois de l’adolescence, la sensualité de ces jeunes filles en fleur. À l’intrigue classique, elle a préféré le cheminement intérieur de Lale. L’enfant, qui assiste aux mariages arrangés de ses sœurs, observe les frustrations et la tristesse. L’une d’entre elles a pris une terrible décision. Quelques séquences gonflées d’énergie et de tendresse montrent la fratrie unie et solidaire. Avant de glisser progressivement dans le registre grave. En filigrane, Deniz Gamze Ergüven épingle l’archaïsme des mœurs en Turquie et l’éducation rétrograde dans un pays en mutation.

Acte militant

La réalisatrice cosigne le scénario avec Alice Winocour, elle-même présente à Cannes dans Un certain regard avec Maryland. Deniz Gamze Ergüven a lu Virgin Suicides, le livre de Jeffrey Eugenides, puis vu le film qu’en a tiré Sofia Coppola. Il avait d’ailleurs marqué les esprits à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes (1999). Mais elle revendique plutôt Salo ou les 120 journées de Sodome de Pasolini et des films d’évasion comme L’Évadé d’Alcatraz. En filmant la révolte de Lale – qui est peut-être son double rêvé -, elle fait plus que transmettre un message : c’est un acte de militantisme.

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