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Comme un archéologue de la photo 21 mars 2015

Posted by Acturca in Art-Culture, France, Turkey / Turquie.
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La Montagne (France) samedi 21 mars 2015, p. Vichy-07

Fabienne Faurie

Carte blanche. Le photographe turc Yusuf Sevinçli réalise des portraits de Vichyssois au gré des rencontres. En noir et blanc et en argentique. Yusuf Sevinçli, photographe en résidence, s’immerge dans la cité thermale pour réaliser des portraits.

Si la brume matinale attire son regard affûté, Yusuf Sevinçli s’extirpe de son lit dès potron-minet pour arpenter les bords du lac d’Allier avec pour seule compagnie ses appareils photos. « Je m’oxygène. C’était mystérieux », assure-t-il dans un grand sourire. Mais il aime surtout oxygéner son regard. Et, s’immerger dans Vichy, de jour comme de nuit.

Il aime varier les angles, les genres de personnes et les quartiers. Présent depuis deux semaines, ce photographe d’Istanbul s’habitue au rythme de la cité thermale, à ses soirées plutôt calmes. L’architecture singulière, la lumière, les gens, tout cela contribue à nourrir ses envies d’appuyer sur le déclencheur.

Il s’oxygène le regard

Yusuf Sevinçli était l’un des photographes invités à exposer l’an dernier dans les galeries du centre culturel Valery-Larbaud, dans le cadre du festival Portrait(s). Il succède à Cédric Delsaux, qui, en 2014, avait réalisé sa série « Échelle 1 » durant sa résidence.

Pendant un mois, le photographe d’Istanbul a carte blanche pour réaliser des portraits des habitants pour le prochain festival Portrait(s) qui aura lieu à partir de juin.

On le croise en compagnie de Christophe Morlat, photographe vichyssois qui est son interprète et son guide. Le rythme est dense. Il faut tenir le défi : extraire de toutes ces rencontres une cinquantaine de portraits pour l’exposition en juin, sur le parvis de l’église Saint-Louis et dans le quartier des Ailes. Une soixantaine de photos composeront également le livre édité par Filigranes. Yusuf Sevinçli travaille en argentique et en noir et blanc. Aussi, il n’est pas rare de le croiser en train d’extraire de son sac-à-dos en bandoulière l’un de ses six appareils photos. Et ceux qui posent pour lui peuvent observer un geste qui a quasiment disparu depuis le numérique, celui de recharger avec une nouvelle pellicule.

La journée de Yusuf s’égrène de prises de vue en prises de vue. Du matin au soir, et parfois jusque tard dans la nuit. C’est un photographe de l’errance qui capte, repère, saisit. Là où son regard va être en connivence ou surpris par l’autre. Celui d’un passant ou d’une passante. Il s’intéresse aux gens dans leur quotidien, à la terrasse d’un café, devant un étal au marché couvert, à l’école de voile, au club d’aviron, dans les jardins ouvriers. Il y a aussi les forains du Luna Park, les gens du voyage sédentarisés à Bellerive. Le photographe chemine à la rencontre d’une mixité sociale où les générations et les milieux sociaux se mêlent dans une salle de café bondée au moment du déjeuner, au stade aquatique, dans les parcs, sur les berges de l’Allier.

À la recherche de visages marquants

Il arpente la ville. Pas sans but. « Il recherche des visages marquants », souligne Christophe Morlat. Tout commence par un sourire. Un dialogue traduit par son guide. « Créer un lien, c’est important. Ensuite je propose à la personne de poser de telle ou telle façon. Je photographie de très près. » Cette semaine, il s’est glissé aussi dans les coulisses de l’opéra ou sur scène lors des répétitions pour photographier des instants insolites des danseurs du Malandain Ballet Biarritz. Malgré la pression liée à ce projet en terre inconnue, Yusuf sait aussi apprécier des moments de détente avec d’autres photographes de la ville autour d’une bière. Et, il lui arrive de partager un café turc avec des compatriotes installés à Vichy.

Il est dans une dynamique. Celle de « travailler en profondeur, d’intercepter au mieux des aspects cachés voire secrets de cette ville. Je fouille, comme un archéologue de la photographie. »

Portrait(s). Prochaine édition du festival Portrait(s) 
organisé par la ville, du 12 juin au 6 septembre, 
dans différents sites de la cité thermale.

 

Un parcours en noir et blanc

Yusuf Sevinçli vit et travaille à Istanbul, en Turquie. Il confie : « Quand j’étais étudiant en journalisme, ma rencontre avec deux photographes de renom, Antoine D’Agata et Bruno Boudjelal, que j’accompagnais pour un journal d’Istanbul m’a conduit vers la photographie. Je les ai observés et je me suis rendu compte que c’était le meilleur moyen de rencontrer les gens. » Dans la foulée, il intègre une master class consacrée à la photographie documentaire en Suède. Et choisit de travailler en noir et blanc et en argentique. Il construit son travail personnel à travers plusieurs séries, dont Good Dog, qui ont été exposées en Turquie, en Europe, en Russie, en Australie, etc. Depuis 2008, ses images sont publiées dans des ouvrages collectifs consacrés à la photographie et dans différents magazines internationaux.

Son travail est exposé à la galerie Les Filles du calvaire à Paris, qui accueille également les photos d’Antoine D’Agata, de Dorothée Smith (jeune photographe qui a été l’invitée de Portrait(s) en 2013).

En 2014, Yusuf Sevinçli était l’un des invités de Portrait(s). Il avait exposé sa série Gözbebegi (Clairvoyance) à la galerie du centre culturel Valery-Larbaud. Sa griffe, un noir et blanc intense. Des contrastes puissants. Et un regard diurne ou nocturne sur son environnement et la mixité sociale.

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