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La banque centrale turque en quête d’indépendance 19 mars 2015

Posted by Acturca in Economy / Economie, Turkey / Turquie.
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Les Echos (France) no. 21901, jeudi 19 mars 2015, p. 30

Pierrick Fay

La BCRT a maintenu inchangés ses taux d’intérêt malgré les pressions d’Ankara.

C’est la réponse qu’attendaient les marchés financiers. La banque centrale turque (BCRT) n’a pas cédé à la pression et a maintenu son taux d’intérêt directeur inchangé à 7,5 %. Une décision économiquement justifiée, mais politiquement périlleuse pour son président. La Turquie souffre en effet d’un trop-plein d’inflation (7,55 % en février). Difficile dans ce contexte de baisser les taux sans déprimer un peu plus la devise et accélérer la hausse des prix des importations. D’autant que la livre turque fait partie des devises les plus fragilisées par le changement de politique monétaire de la Fed. La hausse des taux d’intérêt anticipée aux Etats-Unis risque d’accentuer la fuite des capitaux, ce qui serait problématique pour un pays affligé d’un déficit courant élevé, malgré la réduction de la facture pétrolière.

Mais le statu quo de la banque turque est loin d’être anecdotique. C’est un acte fort de la part de son président, Erdem Basci, pour rétablir l’image de l’institution. Retour en arrière. Début 2014, la déconfiture de nombreuses devises émergentes pousse la BCRT à augmenter ses taux d’intérêt, de 4,4 à 10 %. Un remède de cheval qui a permis un retour de la confiance sur la devise. Elle est parvenue ensuite à ramener son taux directeur à 7,5 % en février, mais cela ne va pas assez vite pour Ankara, alors que des élections législatives approchent (le 7 juin). Pour le président turc Recep Erdogan, les taux sont trop élevés et freinent l’économie. La croissance est tombée à moins de 3 % en 2014, loin des 9 % de 2010 et 2011. Le ton employé n’a rien de cordial. Erdem Basci est accusé d’être « sous l’influence de l’étranger » et de « dilapider les ressources de la nation par de hauts taux d’intérêt, une forte inflation et une mauvaise conduite des affaires » . Bref, « il liquide son propre pays » , tempête Recep Erdogan.

La devise en danger

Mais le message, adressé aux électeurs, siffle aux oreilles des investisseurs. « Les efforts du président pour réorganiser la politique économique pourraient être potentiellement dévastateurs pour la croissance et pour les perspectives d’investissement, et pourraient exposer le pays à un choc sévère en matière de confiance des investisseurs » , prévient Phoenix Kalen, à la Société Générale. Cette atteinte à l’indépendance de la BCRT a fait plonger la devise à son plus bas historique le 6 mars, à 2,6374 livres pour un dollar, sur des rumeurs de démission d’Erdem Basci.

Conscient du risque, Ankara a tu ses récriminations, du moins en public. Et une rencontre a eu lieu vendredi entre Erdogan et Basci pour tenter de mettre fin au psychodrame. Mais, pour Phoenix Kalen, « il n’y a aucun signe tangible que l’attitude générale du gouvernement à l’égard de la banque centrale ait radicalement changé. Chassez le naturel, il revient au galop. Ce n’est pas une bonne nouvelle pour la livre turque. » Entre la Fed et les enjeux électoraux, la vie de la livre turque s’annonce chahutée.

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