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Expatriés : qui sont ces Français qui ont choisi la Turquie ? 17 mars 2015

Posted by Acturca in Economy / Economie, France, Immigration, Istanbul, Turkey / Turquie.
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Aujourd’hui la Turquie, numéro 120, Mars 2015, p. 8

Nesrine Slaou

Chaque année c’est plus de 115 000 Français qui décident de quitter l’Hexagone. Si la majorité d’entre eux ne dépassent pas les frontières européennes, certains tentent l’aventure dans des pays aux cultures bien différentes. C’est le cas de ces milliers de Français qui ont choisi de vivre en Turquie.

Tous s’accordent à dire que la ville d’Istanbul est magnifique, magique même. C’est la raison pour laquelle ils ont choisi d’y poser leurs valises. Au 31 décembre 2013, 7 916 Français étaient recensés en Turquie dont 6 084 à Istanbul et 1832 à Ankara. Ils faisaient ainsi partie des 1 643 000 Français qui résident hors du territoire national. Un chiffre en hausse de 15% sur les cinq dernières années.

L’expatriation française dans son ensemble

Cette augmentation constante du nombre d’expatriés français dans le monde inquiète les politiques en France qui parlent souvent d’une « fuite des cerveaux ». Un rapport parlementaire qui a été publié le 15 octobre 2014 permet une vision d’ensemble sur les raisons et les profils de ceux qui ont quitté le territoire. Ce dernier affirme que la population d’expatriés dans le monde est majoritairement en âge de travailler puisque 60% des Français de l’étranger ont entre 18 et 60 ans. Les étudiants sont les premiers visages de cette expatriation. Leur départ est d’ailleurs facilité par l’internationalisation des études, notamment par le développement du programme Erasmus en Europe, créé en 1987. Mais tous les étudiants français n’ont pas les mêmes opportunité de départ à l’étranger ; ceux des grandes écoles sont privilégiés.

En ce qui concerne le taux d’expatriation des jeunes diplômés dans le monde, il n’a pas connu une évolution remarquable ; seulement une augmentation de 4 points en dix ans. Certains – souvent après une école de commerce – ont l’espoir de créer leur entreprise dans un autre pays. D’autres partent seulement pour échapper au marché de travail français de plus en plus morose. C’est aussi le cas des jeunes qui quittent la France sans qualification.

La Turquie ; une destination prospère

La Turquie n’échappe pas à ces caractéristiques de l’expatriation. Selon une étude d’HSBC remontant au 31 octobre 2014, le pays fait parti des VITM’s – Vietnam, Indonésie, Turquie et Mexique – où les perspectives sont intéressantes pour les expatriés du point de vue de l’évolution des carrières et du développement d’entreprises. Les expatriés qui y résident affirment que ce sont des pays en plein essor où il est agréable de vivre et de travailler. Par ailleurs, l’étude d’HSBC a été réalisée auprès de 7 000 expatriés originaires d’une centaine de pays. Elle s’appuie sur quatre critères : le point économique et financier, la qualité de vie, le niveau de bien-être propice pour élever un enfant, et le coût de la vie. D’après l’étude, selon le critère économique, la Turquie se classe 10ème sur 37. La communauté française y serait composée principalement de cadres et d’enseignants et occuperait la quatrième place parmi les communautés occidentales de Turquie, loin derrière les Allemands, les Britanniques et les Américains. Il y aurait donc près de 260 sociétés françaises implantées et qui couvriraient l’ensemble des secteurs d’activité : automobile, BTP, services financiers, textile, électronique, transports, hôtellerie et restauration. Le CAC 40 y est présent depuis longtemps. Frédérique Picard, interviewée dans le cadre de l’article, est consultante en stratégie marketing et travaille depuis son appartement d’Ortaköy. Elle a « bondi de joie » lorsque son mari a été muté à Istanbul et vit désormais dans une résidence entourée d’une vingtaine de familles françaises, pour une durée limitée.

En ce qui concerne la qualité de vie, le rapport révèle que la Turquie se classe 22ème sur 37, juste derrière la France. Madame Picard affirme que c’est le mélange entre l’Occident et l’Orient, qu’elle retrouve partout dans la vie quotidienne, l’architecture, la mentalité et la nourriture, qui fait d’Istanbul une ville culturellement riche et à la qualité de vie comparable à celle d’une capitale européenne. Elle n’exprime donc pas de désir de retourner vivre à Paris. Toutefois, au regard des chiffres de l’étude d’HSBC, le pays est très mal noté en terme d’infrastructures d’éducation et de santé, occupant la 21ème place sur 24 pays évalués. Il est vrai d’après notre interviewée que « la pollution est importante surtout en été ». Il n’empêche que l’expatriation en Turquie est un bénéfice pour les familles françaises ; un tiers d’entre elles disposent d’une nourrice, d’une femme de ménage ou d’une aide domestique facilitant le quotidien. Finalement, la langue est la barrière la plus importante qui s’impose à beaucoup d’expatriés : le turc est très compliqué à apprendre. Madame Picard a pour sa part abandonné, ce qui l’a empêché de se faire des amis turcs. Mais ses filles, scolarisées dans les écoles françaises Pierre Loti, le parlent.

Les Franco-Turcs ou le nouveau visage de l’expatriation

Depuis une dizaine d’année, la présence des Français en Turquie prend un autre visage. Comme nous l’a précisé Marie Rose Koro, candidate aux législatives partielles de 2013 pour la 8ème circonscription des Français de l’étranger : « Il y a dix ans de cela, la communauté française en Turquie était formée de cadres et d’enseignants. Aujourd’hui, la majorité sont des binationaux qui viennent pour des raisons économiques et/ou de recherche identitaire ». À Istanbul, la communauté française résidante est composée à 70% de Franco-Turcs et, en septembre dernier, Trait d’Union, une association qui cherche à représenter les binationaux Franco-Turcs et à défendre leurs intérêts, a même vu le jour. Ce sont donc des hommes et des femmes nés et diplômés en France, d’origine turque, qui démarrent où poursuivent leurs vies professionnelles ici. Ce retour au pays des Franco-Turcs s’explique par la mentalité dans laquelle ils ont été élevés où « la Turquie est sublimée ».

Pour cette femme politique ce n’est pas une « fuite des cerveaux » mais davantage une « mobilité professionnelle des jeunes qui vont en partie revenir ». Ainsi, les profils des Français qui ont choisi de vivre en Turquie sont différents, relevant aussi bien du cœur que de la raison.

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