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En Turquie, mise sous tutelle de la banque islamique Asya 9 février 2015

Posted by Acturca in Economy / Economie, Turkey / Turquie.
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Le Monde (France) lundi 9 février 2015, p. SCQ3

Marie Jégo, Istanbul, correspondante

L’établissement bancaire est au centre de la guerre que se livre le président Recep Tayyip Erdogan et l’imam Fethullah Gülen.

Tout juste placée sous la tutelle de l’Etat, Bank Asya, 10e établissement financier de Turquie, a vu, toute la semaine durant, de larges files d’attente se former devant ses agences, un peu partout dans le pays.

S’agissait-il de clients inquiets, venus retirer leurs économies au moment où la banque file un mauvais coton ? Rien de tel. Si les détenteurs de comptes chez Asya ont fait la queue ces jours-ci, c’est au contraire pour y déposer leurs économies, dans un vaste élan de solidarité avec leur banque.

« Comme chaque semaine, je viens déposer les recettes de mes magasins mais cette fois je vais ouvrir un compte à chacun de mes cinq enfants » , dit Hasan, commerçant du quartier d’Umraniye dans la banlieue d’Istanbul, client depuis douze ans. « Je veux montrer que ma confiance en la banque est solide malgré les basses manœuvres du gouvernement qui veut la faire couler » , explique-t-il.

Riche et influente

Tout a commencé mardi 3 février, quand une escouade de police a fait irruption au siège de Asya, l’un des quatre établissements islamiques du pays pour informer Ahmet Beyaz, son directeur, que la banque venait d’être placée sous la tutelle du Fonds d’assurance et de garantie des dépôts (TMSF). Le régulateur public (BDDK) venait de décider de prendre le contrôle du conseil d’administration et de mettre la main sur 63 % du capital.

Officiellement, la banque est dans le collimateur des autorités pour « manque de transparence » . Le premier ministre Ahmet Davutoglu a eu beau s’empresser d’affirmer que la décision n’avait « rien de politique » , il est clair qu’elle s’inscrit dans le cadre de la lutte en cours depuis 2013 entre deux anciens partenaires devenus ennemis jurés : le président Recep Tayyip Erdogan et l’imam Fethullah Gülen, chef de la confrérie musulmane des « Fethullahci » (les disciples de Fethullah).

Le chef de la confrérie est accusé d’avoir orchestré le scandale de corruption qui a éclaboussé le gouvernement et l’entourage de M. Erdogan en décembre 2013. Depuis, une vaste purge a été lancée contre la congrégation, dont les écoles ont été fermées, en Turquie comme à l’étranger.

Riche et influente, la confrérie régnait depuis des années sur un impressionnant réseau d’écoles, de foyers d’étudiants, d’entreprises, de fondations. En 1996, elle avait obtenu le droit d’ouvrir Asya, un des premiers établissements islamiques du pays, garantissant un système de prêts et de profits conforme aux préceptes de l’islam.

Une photographie datant de 1996, reproduite ces jours-ci par plusieurs quotidiens, montre Tansu Ciller, alors premier ministre, en train de couper le ruban d’inauguration de la banque Asya aux côtés de Recep Tayyip Erdogan, alors maire d’Istanbul et de Abdullah Gül son plus proche partenaire, sous l’œil bienveillant de Fethullah Gülen, leur maître spirituel. A l’époque, les trois hommes faisaient front commun dans la lutte contre le système laïc mis en place en 1923 par Mustafa Kemal.

Alliés indéfectibles aux beaux jours du Parti de la justice et du développement (Adalet ve Kalkinma Partisi ou AKP, islamo-conservateur), au pouvoir depuis 2003, Recep Tayyip Erdogan et Fethullah Gülen sont désormais à couteaux tirés. Les premières attaques contre la banque sont venues en août 2014, lorsque l’Etat a fait pression sur les gros clients pour qu’ils ferment leurs comptes, notamment sur Turkish Airlines, la compagnie aérienne nationale qui a obtempéré. En un an, la valeur boursière de Bank Asya a baissé de 70 %, de nombreuses succursales ont fermé. Pour la petite histoire, l’arrivée de la police au siège de la banque est intervenue quelques heures après la publication dans le New York Times par M. Gülen d’une tribune fustigeant « le totalitarisme » du régime.

« La Turquie a atteint un point où la démocratie et les droits de l’Homme ont presque disparu » , écrivait l’imam dans un appel vibrant aux électeurs de ne pas voter pour l’AKP au moment des législatives du 7 juin 2015. Excédé, M. Erdogan est sorti de ses gonds vendredi, lançant la phrase suivante à l’adresse de son ancien maître spirituel : « Es-tu imam ou propriétaire d’une banque ? » .

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