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La clarification bienvenue d’Ankara 27 septembre 2014

Posted by Acturca in Middle East / Moyen Orient, Turkey / Turquie.
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Le Monde (France) A la Une, samedi 27 septembre 2014, p. 1

Éditorial

Après des mois de valse-hésitation, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a mis fin aux ambiguïtés, si ce n’est au double jeu, d’Ankara. Le 23 septembre, lors de l’Assemblée générale de l’ONU, à New York, il s’est engagé à soutenir la coalition organisée par les Etats-Unis pour combattre l’Etat islamique (EI). Et à la soutenir  » militairement, politiquement, tout « , a-t-il précisé. Ce changement d’attitude a été grandement facilité par la libération, le 20 septembre, des 46 ressortissants turcs, pris en otage en juillet par les djihadistes à Mossoul, dans le nord de l’Irak.

Pour Ankara, il s’agit d’un tournant significatif. Jusqu’ici, en effet, la Turquie était perçue par ses partenaires de l’OTAN comme un allié plus qu’incertain, soupçonné de laisser les djihadistes de l’EI utiliser son territoire, mitoyen, comme base arrière.

De fait, depuis trois ans et le déclenchement de la guerre civile en Syrie, les quelque 1 000 kilomètres de frontière turco-syrienne ont été singulièrement poreux, propices à tous les trafics, d’armes, de matériels ou de pétrole. Et une ville comme Gaziantep est considérée par beaucoup comme un véritable  » centre commercial pour djihadistes « , qui viendraient s’y réorganiser, s’y soigner ou recruter de nouveaux combattants, notamment ceux venus d’Europe.

Même si la forme de la coopération turque à la coalition contre l’Etat islamique reste à définir – dans un premier temps, elle devrait passer par une coordination renforcée des services de renseignement -, la déclaration de M. Erdogan à New York démontre que son gouvernement islamo-conservateur a pris la mesure de la menace que constitue, pour lui, les djihadistes de l’EI.

Les raisons de ce changement d’attitude sont doubles. La Turquie craignant un renforcement du camp chiite en Irak et en Syrie, elle a soutenu les rebelles sunnites. Plus qu’une politique délibérée d’Ankara, le soutien aux djihadistes s’est toutefois fait à l’initiative d’associations humanitaires islamiques.

Mais surtout, les autorités turques redoutent que le chaos actuel en Syrie et en Irak ne consolide le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, parti kurde interdit en Turquie et considéré comme une organisation terroriste). En effet, la coalition contre l’Etat islamique est en train de renforcer toutes les organisations kurdes au Proche-Orient, notamment les unités militaires liées au PKK qui luttent contre les djihadistes en Syrie. Cette perspective inquiète le gouvernement turc, qui mène actuellement des pourparlers avec le leader du PKK, Abdullah Öcalan, emprisonné depuis quatorze ans sur l’île d’Imrali.

Enfin, les dirigeants turcs peuvent se targuer d’avoir été constants sur deux points essentiels dès le début du conflit syrien. D’une part, ils ont toujours dit que, faute d’un soutien conséquent de la part des Occidentaux, l’opposition à Bachar Al-Assad allait se radicaliser.

D’autre part, ils estiment que le problème essentiel n’est pas tant l’EI que le régime de Damas : c’est celui-ci qui a créé le terreau du mal qu’il prétend aujourd’hui vouloir éradiquer, au prix de centaines de milliers de morts et de millions de réfugiés. Et sur ces deux points, Ankara n’avait pas tort. Mais, face à l’urgence, la Turquie a raison de s’associer au combat contre l’Etat islamique.

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