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Vue sur le Bosphore 20 septembre 2014

Posted by Acturca in France, Istanbul, Russia / Russie, Turkey / Turquie.
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Le Monde (France) samedi 20 septembre 2014, p. SPH1
Sport & forme

Simon Roger

A Istanbul, les catamarans Extreme 40 ont trouvé des conditions idéales de régate… et un marché porteur pour le secteur de la voile.

p. SPH8

Vents d’est

Chine, Russie ou Turquie : les catamarans des Extreme Sailing Series redessinent la cartographie de la régate.

Les meilleurs régatiers du monde, embarqués sur des multicoques fendant l’écume dans la baie d’Istanbul. Le tableau est savamment composé. Il serait plus abouti encore si un porte-conteneurs couleur rouille ne faisait tache dans le décor. Pivotant sur son encre, le Denizer B a été saisi après la découverte par les garde-côtes d’une cargaison illégale à bord. Mais le vaisseau fantôme n’est plus un obstacle pour la flotte des Extreme Sailing Series, qui navigue dans la baie.

Quelques manches ont suffi aux catamarans de 40 pieds (12 mètres de long) pour prendre leurs marques sur le plan d’eau et enchaîner les virements près de l’épave.  » Depuis le début de la saison – démarrée en février – , c’est la première fois qu’on voit un truc pareil, mais on s’en accommode, sourit Leigh McMillan, le skippeur britannique vainqueur des deux saisons précédentes à la barre de The Wave Muscat. En Extreme 40, on passe son temps à s’adapter à de nouvelles conditions de course, de mer, de vent.  »

Après Singapour, Mascate, Qingdao en Chine, Saint-Pétersbourg et Cardiff, les onze voiliers inscrits en Extreme Series ont donc fait escale en Turquie du 11 au 14 septembre. Onze équipes au profil aussi international que le parcours de la compétition – anglaise, autrichienne, danoise, française, néo-zélandaise, omanaises, russe, suisses -, plus un bateau turc, engagé uniquement sur l’étape stambouliote, Team Turx. Bon dernier à l’issue des quatre jours de régates, le voilier floqué du drapeau national n’a pas tout perdu. Sa présence sur la ligne de départ est un signal envoyé à tout le pays. Bordée par 7 200 kilomètres de côtes, la République turque ne recense que 164 clubs de voile et quelque 11 000 licenciés.

 » La jeune génération en a marre de la voile à la papa enseignée dans les yacht-clubs de Turquie. On veut naviguer sur des bateaux de course, pratiquer du kite ou du windsurf, revendique Edhem Dirvana, initiateur du projet Team Turx. Lui-même propriétaire d’un luxueux yacht-club à Bozburun, dans le sud du pays, l’entrepreneur affable se souvient du premier entraînement de l’équipage fin 2012. Il espérait prendre le départ de l’étape prévue à Istanbul en juin 2013, mais  » les régates ont été annulées après les événements de la place Taksim « .

 » Il est temps que la Turquie prenne conscience des atouts dont elle dispose « , poursuit le tacticien de Team Turx. A bord du multicoque barré par un Australien, dans la brise de 20 noeuds qui balaie le front de mer, Edhem Dirvana et les autres marins turcs prennent surtout conscience de leur impéritie. L’équipe manque d’automatismes sur un catamaran aussi véloce, qui lève son étrave à la moindre risée.  » On a fait ce qu’on a pu, glisse Mitch Booth à ses quatre équipiers en fin de manche. N’oubliez pas que les gars d’en face ont un sacré niveau.  » Le skippeur du bateau turc, vieux routier du match racing et de la Coupe de l’America, connaît mieux que quiconque la valeur de ses adversaires. Alinghi (double vainqueur de la Coupe avant qu’Oracle ne lui ravisse le trophée) participe à sa 5e campagne en Extreme 40. JP Morgan s’appuie sur un skippeur de luxe avec Ben Ainslie, quadruple médaillé olympique et équipier d’Oracle sur la Coupe de l’America 2013. Team New Zealand est barré par Dean Barker, finaliste malheureux en 2013 à San Francisco, tout sourire après sa victoire le 14 septembre en mer de Marmara. Et Groupama, mené par Tanguy Cariou en l’absence de Franck Cammas, n’a pas à rougir du palmarès de son team.  » Le circuit Extreme Series, c’est l’antichambre de la Coupe de l’America. Nos bateaux n’ont pas d’aile rigide comme ceux de la Cup, mais ils ont les mêmes comportements de multicoques « , témoigne Tanguy Cariou, conscient de la perspective d’une participation française à la prochaine édition de la Coupe, sous la bannière deTeam France.

Le format court des manches, le choix de bateaux légers et spectaculaires, les live permettant au public de suivre les routes des concurrents ne sont pas sans rappeler le show d’Oracle et de Team New Zealand en Californie. Mais une différence majeure distingue les deux épreuves : le modèle économique. Loin des 150 millions d’euros dépensés par le defender sur la dernière Cup, le budget d’un participant aux Extreme Sailing Series dépasse rarement 800 000 euros, bateau inclus.  » Economiquement, c’est une bonne option. D’un point de vue sportif, c’est une super-occasion de découvrir chaque année de nouvelles conditions de navigation « , confie Pierre-Yves Jorand, régleur sur Alinghi.

De vivre également des moments rares, comme le samedi 13 septembre, le temps d’une course éphémère sur le Bosphore. Ce matin-là, l’organisation avait obtenu des autorités maritimes locales la fermeture de la route commerciale du détroit. Une mesure rarissime dans l’un des rails de cargos les plus empruntés de la planète. Les voiliers se sont frayé un chemin entre les vapur (les navettes de voyageurs, autorisées à poursuivre leurs va-et-vient), les nageurs et les pêcheurs au harpon, nombreux dans cette zone pourtant hautement polluée. Posté sur un bateau suiveur, un talkie-walkie dans chaque main, Phil Lawrence l’admet :  » C’est une très bonne idée, mais très difficile à mettre en pratique, en raison de ma méconnaissance de la langue, des subtilités de la législation et de l’intensité du trafic. «  » A Saint-Pétersbourg, le contexte n’était pas évident non plus, mais j’avais un avantage : je parle russe « , confie le directeur de course avant d’égrener le compte à rebours du départ.

Istanbul ne fait que confirmer le cap à l’est décidé par OC Sport, la société de marketing et d’événementiel sportif créée par Mark Turner en 1993, et organisatrice des Extreme Sailing Series. Avant de rallier l’ancienne Byzance, la flotte a régaté en Asie, dans les eaux du golfe Persique puis en Russie. Ces escales inédites, qui laissent perplexes beaucoup de marins du Vieux Continent, dessinent une cartographie nouvelle de la course à la voile, mue par une stratégie de conquête des marchés émergents.  » La Russie et la Chine font partie de nos cibles prioritaires « , déclare James Toller, le responsable sponsoring de Land Rover, partenaire titre de la compétition depuis mai 2013.  » Les marchés anglais et français comptent également beaucoup « , poursuit-il, justifiant l’escale des voiliers à Cardiff fin août et leur déplacement à Nice début octobre. Entre les desiderata des sponsors des bateaux, les exigences des partenaires commerciaux et les contraintes des villes hôtes, la voie est étroite, mais les différents acteurs évitent les algarades pour ne pas écorner l’image de ce circuit prometteur.

En juillet, le Groupe Télégramme (présent dans divers événements culturels et sportifs, la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro et la Transat AG2R notamment) a pris une participation majoritaire dans OC Sport.  » Nous sommes exclusivement sur le marché français, OC Sport réalise 90 % de ses activités à l’étranger, la complémentarité est évidente, avance Guillaume Semblat, directeur délégué du Groupe Télégramme Développement. Ce qui marche très bien chez nous, c’est le solitaire et l’aventure, mais c’est difficilement exportable. En Russie, en Chine ou en Turquie, tout reste à inventer dans la voile.  »

 » Ces trois pays figureront au programme 2015, précise François Vergnol, directeur commercial d’OC Sport. On souhaiterait conserver un équilibre avec l’Europe, mais il n’y aura sans doute pas d’étape française des Extreme Sailing Series l’an prochain.  » La Turquie, en revanche, a le vent en poupe. Edhem Dirvana espère constituer un équipage pour la saison entière.  » Il faudra trouver des marins expérimentés. Pour le moment, ils se comptent sur les doigts d’une main « , tempère Selim Kakis, son équipier sur Team Turx. Sans doute faudra-t-il aussi renflouer le Denizer B, le navire qui fait tache dans la baie d’Istanbul.

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