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La Turquie paie son ambivalence envers les djihadistes 10 septembre 2014

Posted by Acturca in Middle East / Moyen Orient, Turkey / Turquie, USA / Etats-Unis.
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Le Soir (Belgique) mercredi 10 septembre 2014, p. 14

Baudouin Loos

Dans leurs efforts énergiques en vue de bâtir une vaste coalition internationale pour combattre «l’Etat islamique», les Etats-Unis consultent leurs alliés régionaux. Ce mercredi, le secrétaire d’Etat John Kerry arrive à Jeddah, en Arabie saoudite, pour s’entretenir avec les responsables des pétromonarchies, auxquels se joindront des représentants de la Jordanie, de l’Egypte, de l’Irak et d’un seul pays non arabe, la Turquie. Le rôle de celle-ci, malgré son profil plutôt bas dans ce dossier, risque d’être capital ces prochains mois.

Depuis le développement du conflit en Syrie, la Turquie voisine a joué un rôle dénoncé comme au moins ambigu par de nombreux observateurs. Pour schématiser, après avoir tenté en vain de convaincre Bachar el-Assad, avec qui il entretenait des rapports cordiaux, d’assouplir son régime quand la contestation prit forme en 2011, Recep Tayyip Erdogan s’était résolument rangé dans le camp des rebelles syriens. Depuis 2012, la Turquie est devenue le passage privilégié des djihadistes venus combattre le régime syrien et ses alliés chiites libanais, irakiens et iraniens.

On le sait, les choses ont mal tourné. Les djihadistes – et surtout l’Etat islamique d’Irak et du Levant (EIIL) – ont pris la main au sein de la rébellion, combattant d’ailleurs avec plus d’ardeur les autres factions de l’opposition que le régime. Ankara continua néanmoins à fermer les yeux sur les infiltrations de djihadistes vers la Syrie, sans doute persuadé que leur combativité et jusqu’au-boutisme hâteraient la fin du régime syrien honni. Erdogan appréciait probablement en même temps aussi la franche hostilité que les djihadistes vouaient aux Kurdes qui, dans le nord syrien, imitaient leurs frères irakiens et érigeaient une zone autonome.

Les progrès territoriaux de l’EIIL -rebaptisé le 29 juin «Etat islamique» (EI)- en Irak et le retentissement médiatique mondial de sa cruauté allaient bouleverser la donne régionale: désormais, plus question de se voiler la face, l’EI est devenu l’ennemi public nº1, même les Turcs n’osent le contester.

Il reste pourtant peu probable que la Turquie jouera un rôle en pointe dans la volonté très partagée d’éradication des djihadistes en Syrie-Irak: «l’Etat islamique» détient en effet 49 Turcs, dont des enfants, faits prisonniers au consulat turc le 12juin lors de la conquête de la grande ville de Mossoul dans le nord de l’Irak. Les familles de ces otages mettent les autorités turques sous pression et tout le monde est hanté par les insoutenables images des deux journalistes américains décapités par des djihadistes. Erdogan a indiqué que ses services tentaient de dialoguer pour libérer les prisonniers d’un EI dont il s’abstient d’ailleurs de critiquer les atrocités.

En outre, l’obsession kurde n’est jamais loin, en Turquie. Le ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Cavusoglu a ainsi exprimé ce 8septembre la méfiance de son pays à l’égard des fournitures d’armes occidentales aux Kurdes qui combattent l’EI en Irak: «Les armes qui vont là-bas ne doivent pas tomber entre les mains des organisations terroristes», a-t-il dit dans une allusion au PKK, le mouvement rebelle kurde de Turquie. Et il est vrai que le PKK a aidé les Kurdes d’Irak avec efficacité contre «l’Etat islamique» ces dernières semaines…

Plus globalement, des observateurs se demandent si la Turquie ne va pas continuer à payer sa politique laxiste envers les djihadistes, qui ont aussi pris racine sur son sol à travers une myriade d’associations. Atilla Kart, un député du parti turc d’opposition CHP, a récemment estimé que 7% des djihadistes de l’EI avaient la nationalité turque, un phénomène qu’il estime en croissance.

Le président américain a rencontré Erdogan au dernier sommet de l’Otan. Barack Obama s’est contenté d’une brève déclaration pour se féliciter de «la coopération entre les USA et la Turquie à propos de la question des combattants étrangers», ajoutant qu’il s’agissait d’«un domaine où il y avait encore beaucoup de travail à faire».

Ankara n’est pas tout à fait inactif, en effet: avec l’aide de services de renseignement alliés, la police turque a établi une liste de 6.000 personnes soupçonnées de visées djihadistes qui seront empêchées de transiter sur le sol turc. La police a ainsi interpellé dans la province de Gaziantep, frontalière de la Syrie, dix-neuf personnes d’Europe et du Caucase présentées comme des militants de l’Etat islamique, a-t-il été annoncé le 4septembre.

Il n’empêche: la Turquie du très musulman Erdogan, même membre de l’Otan, reste un partenaire dont les Occidentaux se méfient et qu’ils espionnent sans vergogne, comme le montrent des documents mis au jour par Edward Snowden et diffusés par Der Spiegel ce 31 août.

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