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Nuri Bilge Ceylan : « J’ai toujours défendu ma liberté » 3 août 2014

Posted by Acturca in Art-Culture, Turkey / Turquie.
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L’Est Républicain (France) dimanche 3 août 2014, p. IG44

Propos recueillis par Nathalie Chifflet

Le réalisateur turc, 55 ans, a reçu la Palme d’or au dernier festival de Cannes, pour « Sommeil d’hiver » (Winter sleep), long et lent huis clos hivernal aux accents tchékhoviens, à la mise en scène rigoureuse. Rencontre avec l’un des grands cinéastes de notre temps.

Interview. Arrogant, froid, cynique, méprisant, plein de morgue sociale, le riche héros de « Sommeil d’hiver » est-il à l’image de l’élite intellectuelle et culturelle turque ?

Il est représentatif de l’élite intellectuelle de ma propre génération, à un moment donné. J’ai nourri le personnage de certains de mes traits de caractère, que j’ai croisés avec les tempéraments de personnes de ce milieu que j’ai pu connaître.

La jeune compagne du personnage principal fait preuve de générosité et de bienveillance sociale. Est-elle, a contrario, représentative de la nouvelle génération du milieu de la culture ?

On peut le dire puisqu’elle a des engagements en faveur de l’éducation des plus démunis.

Vous montrez une éducation nécessiteuse, contrainte de collecter des fonds privés. Quelle est la situation de l’école publique dans la Turquie contemporaine ?

La situation scolaire en Turquie est variable : tous les établissements n’ont pas des moyens égaux. Certaines écoles ont besoin d’aide, d’autres non. Quand je vivais à la campagne, dans ma jeunesse, il existait une forte tradition de solidarité financière au sein des communautés, pour la construction d’hôpitaux, de mosquées, d’écoles, les gens donnaient de l’argent. L’école publique turque a encore besoin de mécénat aujourd’hui.

« Sommeil d’hiver », avec son unité de lieu, fait songer à une pièce de théâtre, aux dialogues très écrits. Comment s’est déroulé son processus d’écriture ?

Le point de départ a été une série d’histoires courtes d’Anton Tchekhov, dont je me suis librement inspiré. J’ai inclus dans ces nouvelles des dialogues que j’ai écrits directement. J’ai également glissé dans le scénario des phrases empruntées à d’autres écrivains ; ce sont des citations, que je référence à la fin du film. Mais l’essentiel a été écrit à quatre mains, avec ma femme. Il fallait créer de l’harmonie dans cette écriture. Depuis le début, je voulais que ce film ait des dialogues plus littéraires et philosophiques que mes films précédents. Je voulais que le cinéma rivalise avec le théâtre et la littérature, et procure le même plaisir.

Ce théâtre cinématographique se pare de qualités picturales, et à la différence de la scène de théâtre, s’ouvre sur des paysages. Le cinéma est aussi pour vous une forme de peinture ?

Quand je suis passé à la réalisation, j’ai confronté bien sûr cette théâtralité avec un style de cinéma, un langage visuel, bien sûr.

Sommeil d’hiver dure plus de trois heures et cette durée fait débat. Au théâtre, ce débat n’existe pas. Pourquoi les films longs ont-ils du mal à exister ?

Le point de départ a été une série d’histoires courtes d’Anton Tchekhov, dont je me suis librement inspiré. J’ai inclus dans ces nouvelles des dialogues que j’ai écrits directement.

Il y a plusieurs raisons et la première, essentielle, tient aux moyens. Le cinéma est un art coûteux, qui nécessite beaucoup d’argent entre la production, la distribution, l’exploitation. L’enjeu économique pèse plus pour un film long, qui a moins de séances en salles, et la pression sur le cinéaste est forte. Mais reproche-t-on à un livre de faire 1000 pages ? Avec mon film, qui dure plus de 3 heures, je résiste.

Vous êtes un cinéaste de combat ?

Depuis mes débuts au cinéma, j’ai toujours défendu ma liberté et je l’ai protégé précieusement. Sommeil d’hiver est mon oeuvre : je n’ai changé aucun mot ni aucune image de mon film sous l’influence de qui que ce soit. Je jouis d’une liberté totale de création et mon combat sera de toujours le revendiquer.

Que s’est-il passé depuis votre Palme d’or ? Etes-vous considéré comme le chef de file du cinéma d’auteur turc ?

Le film est sorti en juin en Turquie et il a eu un très bon accueil, bien meilleur que pour mes films précédents. Ce n’est pas à moi de me dire chef de file. Je suis considéré comme un auteur, c’est vrai, mais aussi critiqué à cause de cela même. On me reproche de créer un cinéma lent et ennuyeux.

A Cannes, recevant votre Palme d’or, vous avez dédié votre prix à la jeunesse turque. Quel était le sens de cet hommage ?

Lors du mouvement protestataire de 2013, cette jeunesse qui a grandi devant des écrans a étonné. On ne savait pas qu’elle était capable d’engagement politique, capable d’agir et de se mobiliser. En leur dédiant ce prix, j’ai voulu marquer ma confiance. Cette jeunesse est notre espoir.

Le point de départ a été une série d’histoires courtes d’Anton Tchekhov, dont je me suis librement inspiré.J’ai inclus dans ces nouvelles des dialogues que j’ai écrits directement.

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