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l’Union européenne. 50 ans de «Je t’aime, moi non plus» 15 juillet 2014

Posted by Acturca in Turkey-EU / Turquie-UE.
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Le Soir (Belgique) mardi 15 juillet 2014, p. 18
Série: 50 ans d’immigration turque (2/4)

Anne Andlauer, Istanbul de notre correspondante

Cinq mots: c’est toute la place qu’a occupée l’Union européenne dans un récent discours-fleuve du Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, annonçant sa candidature à l’élection présidentielle du 10 août prochain. Cinq petits mots pour promettre de «travailler encore plus pour l’adhésion» de son pays.

De ce côté-ci du Bosphore, force est de constater que la construction européenne ne fait plus recette auprès des électeurs. Recep Tayyip Erdogan – qui a présidé à l’ouverture des négociations d’adhésion en 2005 – a pris l’habitude d’ajouter, lorsqu’il évoque l’UE, que son pays «n’attendra pas éternellement à la porte».

Engouement, attente, lassitude, désintérêt voire dédain: les Turcs et leurs dirigeants sont passés par toutes les phases depuis 1963, année de signature d’un accord d’association entre Ankara et la Communauté économique européenne (CEE), qui prévoyait une union douanière (réalisée en 1995) et, à terme, l’adhésion. Avec l’ouverture des négociations, tous les espoirs étaient permis. Dix ans plus tard, la route semble encore longue et l’issue, toujours plus incertaine.

La Turquie n’a clôturé qu’un seul chapitre sur 35. Quinze chapitres sont bloqués par des Etats membres ou l’UE, en raison notamment du refus d’Ankara d’ouvrir ses frontières aux marchandises de la République de Chypre, membre depuis 2004 mais que la Turquie ne reconnaît pas. Même le déblocage, en novembre dernier, d’un 14e chapitre après trois ans de calme plat n’a pas ravivé l’enthousiasme des Turcs.

L’ancien diplomate Uluç Özülker compare son pays à une «fiancée qui attend indéfiniment qu’on lui donne la date du mariage». Il poursuit avec un proverbe: «Nous, les Turcs, disons que l’amour se lasse de trop de caprices. Les Turcs n’arrivent plus à faire confiance à l’Europe. Beaucoup sont persuadés que nous n’entrerons jamais.»

Beaucoup ne sont même plus sûrs d’avoir envie d’entrer. L’étude Eurobaromètre Standard, publiée deux fois par an, est éclairante à ce sujet. En 2004, 62% des Turcs considéraient comme une «bonne chose» l’adhésion de leur pays à l’UE. En 2010, ils n’étaient plus que 47% à le penser, contre 38% souhaitant encore adhérer aujourd’hui.

De leur côté, les Européens ont multiplié ces derniers mois les rappels à l’ordre, demandant au gouvernement turc de respecter l’Etat de droit et l’indépendance de la justice. «Cette année a été marquée par des développements qui ont soulevé de sérieuses inquiétudes et même des doutes sur l’attachement de la Turquie aux valeurs et standards européens», a regretté Stefan Füle, commissaire européen à l’Elargissement, dans une tribune publiée le 7 juillet par le quotidien turc Sabah.

«La Turquie semble s’éloigner des valeurs de l’UE»

«La Turquie semble s’éloigner des valeurs de l’UE qui, en retour, semble ne plus avoir de leviers pour influencer la Turquie», souligne Serhat Güvenç, professeur de relations internationales à l’Université Kadir Has. «Le processus se limite de plus en plus à un débat binaire entre des Européens qui pensent: La Turquie est musulmane, elle n’appartient pas au club et des Turcs qui, en réaction, proclament: Puisque nous ne sommes pas comme vous, nous agissons à notre guise», déplore-t-il.

Le désir d’Europe n’a pourtant pas déserté les Turcs, pour qui l’UE reste avant tout synonyme de «prospérité économique», de «paix» et de «liberté de circulation» (Eurobaromètre, mai 2013). La disparition des visas, que la Turquie espère obtenir d’ici trois ans, pourrait ainsi redonner de l’attrait à la perspective européenne.

«De l’homme d’affaires qui rate une réunion à cause d’un visa délivré en retard, à l’étudiant qui perd sa bourse Erasmus pour la même raison, il faut comprendre la fatigue, la colère que ces situations peuvent engendrer», plaide Zeynep Özler, une chercheuse spécialiste du sujet, pour qui «le jour où l’UE réglera cette question des visas, le soutien à l’adhésion remontera en flèche dans l’opinion publique turque.»

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