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50 ans d’immigration turque: «Ils ont lâché leur bâton et sont partis» 14 juillet 2014

Posted by Acturca in EU / UE, Immigration, Turkey / Turquie.
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Le Soir (Belgique) lundi 14 juillet 2014, p. 1-12-13
Série (1/4)

Ann-Charlotte Bersipont

Ils ont travaillé dans les mines, tiennent aujourd’hui des kebabs ou des cafés, boivent du thé à longueur de journée et vivent à Saint-Josse ou à Schaerbeek. Et si on remontait le temps pour sortir un peu des clichés?

L’histoire de l’immigration turque débute à la période d’après-guerre. La Belgique est en plein développement industriel et manque de main-d’oeuvre. Le plat pays a déjà fait appel aux Italiens, mais dans les années soixante, l’Italie freine l’envoi de travailleurs: non seulement, les ouvriers ont vécu un choc psychologique important avec la catastrophe du Bois du Cazier – qui a tué 136 mineurs italiens le 8 août 1956-, mais aussi et surtout, le sud de l’Europe est en plein développement économique.

Via des conventions de travail, la Belgique ouvre donc ses portes à d’autres nationalités, notamment aux Marocains et aux Turcs (respectivement les 17 février et 16 juillet 1964). Ces derniers sont deux fois moins nombreux que les premiers à débarquer chez nous. Géographiquement, ces deux immigrations se répartissent différemment; alors que les Marocains s’installent principalement à Bruxelles, les Turcs investissent les endroits où se trouvent les dernières mines: le Limbourg, Liège, Charleroi, Gand. Certains s’installent dans le sud du Luxembourg pour travailler dans le secteur du bois (voir la carte ci-dessous).

Une immigration communautaire

La première génération d’immigration turque est principalement constituée de profils ruraux et peu diplômés. «Les villageois ont lâché leur bâton et ont pris le premier train vers Istanbul», explique Nurettin Schabaz, l’ancien maire du petit village de Karacalar, duquel proviennent énormément de Turcs de Schaerbeek.

Une autre caractéristique de cette immigration est d’être très communautaire. «Un article de la convention préconisait explicitement que les travailleurs viennent avec leurs femmes, explique Quentin Schoonvaere, démographe à l’Université catholique de Louvain et auteur d’une étude sur les 50 ans d’immigration turque publiée en 2013 par le Centre pour l’égalité des chances. De nombreux Turcs étaient donc déjà mariés en arrivant, contrairement aux Marocains par exemple, dont l’immigration a été plus urbaine et individualiste.»

De même, l’immigration turque se disperse géographiquement moins que la marocaine. En témoignent certains quartiers bruxellois comme la chaussée de Haecht, surnommée «la Petite Anatolie» en raison du grand nombre de personnes originaires d’Emirdag qui y habitent. «Les Turcs ont beaucoup investi dans leurs quartiers. Ils ont directement acheté des maisons, pour eux et pour leurs enfants, cela explique pourquoi la communauté est si soudée, poursuit le chercheur. La valeur de la famille prime encore beaucoup. Par exemple, il est encore courant que les hommes turcs vivent quelque temps dans le domicile de leurs parents une fois mariés.»

L’anniversaire des 50 ans, que représente-t-il précisément? Dans le chef de la population belgo-turque (lire notre reportage ci-contre), certains soulignent l’amélioration des relations entre les deux communautés, quand d’autres regrettent le repli de certains quartiers.

Seval Kayman est la présidente de Beltud, l’association d’amitié belgo-turque créée en 2010. A ses yeux, cet anniversaire est une «occasion incroyable de porter un regard sur l’histoire et de mettre à l’honneur la première génération d’immigration, qui a été confrontée à de belles occasions mais aussi à de nombreuses difficultés». Elle estime qu’il est important de mettre en valeur les progrès et les apports de l’immigration turque en Belgique. «Il y a énormément de parcours brillants, dans les secteurs politique, artistique, universitaire! Au niveau économique également, la communauté turque a un côté entrepreneurial très développé.»

Pour Seval Kayman, il est important que cet anniversaire soit célébré «ensemble», et non pas par la seule communauté belgo-turque. Le grand public a déjà pu participer à de nombreuses activités culturelles au cours de l’année. D’autres manifestations sont encore prévues, malgré l’absence de commémoration officielle le 16 juillet (lire l’encadré à gauche).

Faruk Bicici, responsable de la «plate-forme 50» (qui organise une série d’événements liés au cinquantenaire), regrette un certain retard d’ouverture de la part de la communauté turque par rapport à la marocaine, par exemple: «Regardez tout le travail que réalise Espace Magh (une association dédiée aux cultures du Maghreb, NDLR). Du côté turc, nous n’en sommes pas encore là. La communauté a un peu de mal à s’ouvrir, c’est pour cela que je déplore l’absence d’événement le 16 juillet. C’est le mois du ramadan et beaucoup de Turcs sont en vacances en Turquie, mais c’était justement l’occasion de toucher un autre public… Il est urgent d’offrir la possibilité aux artistes d’origine turque de s’ouvrir.» Seval Kayman tient un discours d’une teneur très similaire: «La communauté belgo-turque doit réfléchir sur les responsabilités qu’elle peut endosser pour l’avenir de la Belgique, en valorisant son identité double.»

De leur côté, les Belges n’adoptent pas une position passive. Vu le développement économique grandissant de la Turquie, ils sont nombreux à s’intéresser à ce pays. L’association Beltud va d’ailleurs ouvrir une quatrième classe de cours de turc pour répondre à la demande, en constante augmentation.

p. 13

«Les Turcs ne veulent plus venir en Belgique, l’Europe, c’est fini»

Malak Metin, 52 ans, est le patron du magasin de fruits et légumes Teo Market. Arrivé en Belgique en 1973, l’homme, né à Emirdag, s’installe d’abord deux ans à Bastogne, avant de gagner Bruxelles pour se lancer dans le commerce. Et il en a, des anecdotes à raconter… «Depuis quinze ans, tout a beaucoup changé vous savez! Depuis qu’on est passé à l’euro, l’argent n’a plus de valeur. Avant, avec 400 francs, les gens pouvaient faire leurs courses pour toute la semaine. Maintenant, c’est devenu dix euros, et on ne s’achète plus rien avec cette somme!» Malak envisage d’ailleurs de retourner dans son pays d’origine. «L’Europe, c’est fini, martèle-t-il. Les gens de Turquie ne veulent plus venir ici et beaucoup de Turcs retournent chez eux. Moi-même, je n’ai que des frais ici. Pour la même somme, je peux avoir dix ouvriers en Turquie, contre quatre ici. J’ai investi cinq millions d’euros dans ce commerce. Je me dis avec le recul que je n’aurais pas dû mettre autant, vu ce que je gagne aujourd’hui… L’investissement ne porte pas ses fruits.» Le commerçant explique encore connaître beaucoup de clients belges qui ont quitté la Belgique pour la Turquie: «Ils reviennent ici de temps en temps, et me demandent -en turc!- ce que je fais toujours ici!» Pour lui, la question de l’intégration de la communauté turque ne se pose pas. Et de pointer du doigt sa maison, décorée de plusieurs drapeaux belges. «Pendant la Coupe du monde, on a regardé tous les matchs de la Belgique! Et ma nièce vient tout juste de prêter serment au Parlement. Les liens sont très forts!» Mais financièrement parlant, sa décision est prise: il retournera dans sa Turquie natale en plein développement économique.

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