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Kirkouk, cité de toutes les convoitises, résiste à l’EIIL 20 juin 2014

Posted by Acturca in Middle East / Moyen Orient, Turkey / Turquie.
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Le Figaro (France) no. 21732, vendredi 20 juin 2014, p. 8

Samuel Forey, Kirkouk

Les Kurdes ont aménagé une zone tampon, dans cette ville mosaïque du nord de l’Irak.

Irak. Il reste encore quelques armes à vendre dans le quartier kurde de Rahim Hawa, à Kirkouk. Juste devant la gare routière où se trouvent les taxis qui mènent à Erbil, à une heure et demie de route. Des armes légères, notamment – la kalachnikov se négocie autour de 700 euros. Ces armes viennent de l’ancienne base militaire américaine K1, occupée il y a peu encore par l’armée irakienne.

Selon l’histoire en train de s’écrire, les troupes gouvernementales se sont évaporées peu après la prise de Mossoul par les militants djihadistes de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL), le 10 juin. « Nous n’avions pas le choix. Les Kurdes devaient combler le vide sécuritaire, pour protéger notre territoire » , justifie Hemin Hawrami, l’un des porte-parole du PDK, le Parti démocratique du Kurdistan. Prendre la base K1 signifiait la réalisation d’un vieux rêve : récupérer Kirkouk, baptisée « La Jérusalem kurde » ou « le cœur du Kurdistan » .

Maintenant, les Kurdes y sont les seuls maîtres à bord. Leur présence, sensible, n’est pas flagrante dans cette ville mosaïque, où Saddam Hussein mena une forte politique d’arabisation. Comme partout dans la région, les drapeaux kurdes, frappés d’un soleil, flottent. Mais à Kirkouk flottent aussi les étendards bleus des Turkmènes – une minorité turcophone. S’affichent les portraits d’Ali, le premier imam pour les chiites. On trouve toujours les meilleures pâtisseries orientales dans le quartier des Arabes sunnites. Il n’y a pas de contrôles, il n’y a pas de check points. Ce n’est pas une ville en état de siège. Et pour cause : les Kurdes se sont aménagés une confortable zone tampon de plusieurs dizaines de kilomètres autour de Kirkouk.

Seule faille dans le dispositif : l’EIIL a visé un petit village de Turkmènes chiites, Bachir, à une quinzaine de kilomètres de la ville. Au bord d’un canal, au milieu des champs, le village est désormais occupé par les djihadistes. Pour l’instant, ils ne poussent pas plus loin : dans le village d’en face, Tazeh, les pechmergas, les combattants kurdes, ont installé un solide dispositif.

Ils ne sont pas les seuls à tenir position. Ils sont aidés par des milices turkmènes chiites. L’un des leaders de cette communauté – qui souhaite garder l’anonymat -, depuis Kirkouk, organise la défense de Tazeh. Il nuance la prise de contrôle kurde sur la région. « Tazeh est une position stratégique. Si les djihadistes s’en emparent, ils pourront marcher sur Kirkouk. Mais les Kurdes ne peuvent pas garder cette position sans les Turkmènes : Tazeh nous appartient, une centaine de milliers de Turkmènes y vivent. Ils ont besoin de nous. Les Kurdes sont peut-être bons pour se battre dans les montagnes. Mais ils n’ont pas l’expérience du combat urbain » , explique le personnage, un téléphone en main, l’autre à l’oreille. Un ingénieur turkmène lui aussi est venu prêter main-forte. « Pour la première fois de ma vie, j’envisage de quitter l’Irak. » Un autre activiste de Kirkouk, Arabe sunnite, qui souhaite lui aussi rester anonyme, confirme que l’OPA sur la ville n’est pas aussi réussie que les Kurdes le laissent entendre : « Personne ne peut être puissant ici. On vit dans une région où tout le monde est armé. Le cas de Kirkouk n’appartient pas uniquement aux chiites, aux sunnites ou aux Kurdes. Tout soutien doit être négocié, avec ou sans armée irakienne. »

Dissensions politiques

Mais à Erbil, le discours reste ferme. « Sur le plan historique, sur le plan géographique, tout montre que la ville nous appartient. Nous ne demandons que l’application de l’article 140, pour décider du sort de Kirkouk » , reprend Hemin Hawrami. Le leader kurde fait allusion à l’article 140 de la Constitution irakienne. Selon une série de procédures, cet article permet l’organisation d’un référendum dans les zones disputées sur le rattachement à la région autonome du Kurdistan.

Suite à l’évaporation soudaine de l’armée irakienne, les Kurdes sont décidés à pousser leur avantage. Le porte-parole des pechmergas présente fièrement une carte de l’Irak aux médias. Sur cette carte, une ligne rouge. Elle correspond à l’avancée des troupes kurdes ces derniers jours. Elle s’étend bien au-delà d’une autre ligne, qui elle ne figure pas sur la carte : elle date de 1991 et la première guerre du Golfe. Surnommée ligne verte, elle correspond à la dernière avancée des troupes kurdes face à celles de Saddam Hussein. À l’époque, il leur manquait presque la province entière de Kirkouk et une grande partie de leur territoire au sud. Le terrain gagné est énorme – mais les pechmergas doivent ternir seuls une ligne qui s’étend sur plus de 1 000 kilomètres. Avec le village de Tazeh, les djihadistes mènent une offensive sur deux autres endroits, au nord et à l’ouest.

Le morceau est peut-être trop gros pour les Kurdes. Une dissension semble se faire jour entre les deux forces politiques de la région, le PDK de Massoud Barzani, président du GRK, gouvernement autonome du Kurdistan, et l’UPK, l’Union patriotique du Kurdistan, présent en force à Erbil. Alors que les premiers ont du mal à contenir leur enthousiasme, les seconds sont plus circonspects. Sadi Ahmed Pire, porte-parole de l’UPK, nuance la prise de Kirkouk : « Ce n’est pas une victoire. Nous ne sommes pas particulièrement satisfaits de ce développement. Les citoyens de Kirkouk ont donné, aux dernières élections, une couleur à leur province : elle est kurde, nous avons obtenu 8 sièges sur 12 dans un scrutin démocratique. Nous n’avions pas besoin d’une option militaire pour prouver que Kirkouk est kurde. » Pour l’instant, les Kurdes tiennent face aux coups de boutoir des djihadistes. Mais les divisions peuvent aussi venir de l’intérieur.

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