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Le gouvernement turc a-t-il une part de responsabilité dans la catastrophe minière de Soma ? 16 mai 2014

Posted by Acturca in Turkey / Turquie.
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La Croix (France) no. 39885, vendredi 16 mai 2014, p. 4
De vous à nous ~ La question du jour

Sinan Ülgen, politologue et fondateur du Centre des études économiques et de politique étrangère (Edam) à Istanbul

Près de 300 personnes sont mortes lors d’une explosion dans la mine de charbon de Soma, dans l’ouest de la Turquie. Les Turcs ont laissé éclater leur colère contre le premier ministre Recep Tayyip Erdogan, et son gouvernement, accusés de faire primer la rentabilité et le profit sur la sécurité de ces « gueules noires ». En soixante-treize ans, plus de 3 000 mineurs sont morts en Turquie, le triste record du nombre de tués dans des accidents miniers et explosions en Europe.

« C’est désormais la question centrale: il y a d’un côté, certes, la responsabilité de l’entreprise propriétaire de la mine, mais le gouvernement a la responsabilité de contrôler les activités de celle-ci. Et en Turquie, il y a d’énormes lacunes quant à la législation.

D’une part, nous n’avons toujours pas signé, par exemple, la convention de l’Organisation mondiale du travail sur la sécurité dans les mines. D’autre part, même la législation existante est mal appliquée, ce que démontre ce terrible accident. Est-ce que les agences gouvernementales et le ministère du travail ont su remplir leurs fonctions? Est-ce que des inspecteurs sont allés vérifier la bonne application des règles de sécurité à Soma?

Depuis quelques années, l’économie turque s’est de plus en plus libéralisée, c’est une approche qui affaiblit les institutions étatiques et qui a des incidences majeures. Par ailleurs, le système politique est désormais de plus en plus personnalisé alors qu’il devrait, au contraire, être plus institutionnalisé.

Ces deux caractéristiques font que l’État est de plus en plus faible, et que les institutions étatiques ont du mal à mener les tâches qu’elles doivent exécuter pour éviter justement de telles catastrophes.

Pour le moment, le premier ministre Recep Tayyip Erdogan répète qu’il s’agit d’un accident inévitable, d’un « acte de Dieu ». Si le gouvernement poursuit dans cette approche, il risque d’y avoir des conséquences politiques. La réaction épidermique des Turcs ces dernières heures est tout à fait normale, puisqu’ils exigent un responsable.

Pour le moment, le gouvernement a fait défaut sur ce point. S’il se ravise et dit: voilà, menons l’enquête, changeons d’approche au niveau de la législation et identifions les responsables, le mouvement de colère se tarira. Mais ce n’est pas le chemin pris par le chef du gouvernement. »

Recueilli par Alexandre Billette (à Istanbul)

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