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La confrérie Gülen subit la colère d’Erdogan 10 mai 2014

Posted by Acturca in Turkey / Turquie, USA / Etats-Unis.
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Le Figaro (France) no. 21697, samedi 10 mai 2014, p. 5

Laure Marchand, Istanbul

Le premier ministre turc réclame l’extradition de son ancien allié, exilé en Pennsylvanie. Les proches de cet influent imam dénoncent une « campagne de lynchage » contre la communauté religieuse.

La discrétion est une de ses caractéristiques. Signe de l’intensité de la guerre engagée avec le gouvernement islamo-conservateur, la confrérie de Fethullah Gülen a fait une entorse à son précepte. Mustafa Yesil, un des représentants de cet influent imam exilé aux États-Unis et qui compte des millions d’adeptes, a dénoncé « la campagne de lynchage » conduite par le premier ministre turc contre la communauté religieuse. Cette déclaration publique intervient après que Recep Tayyip Erdogan a réclamé la semaine dernière l’extradition du leader musulman qui vit en Pennsylvanie. « Ils devraient au moins l’expulser » , a-t-il insisté dans une interview à la célèbre émission américaine « Charlie Rose » .

Le chef du gouvernement turc est persuadé que le leader de la confrérie, son ancien allié, est à l’origine des enquêtes pour corruption lancées à la fin de l’année contre son entourage. Il le soupçonne aussi d’être derrière la mise en ligne sur Internet de conversations enregistrées clandestinement et qui le mettent en cause directement. Depuis, Recep Tayyip Erdogan n’a de cesse de déclarer qu’il veut « éliminer cette structure parallèle » à l’État. « La demande d’extradition de M. Gülen est scandaleuse, mais il s’agit juste de déclaration pour son électorat, réagit Mustafa Yesil. Mais elle ne m’inquiète guère car il n’y a pas une seule preuve qu’il ait commis un crime. »

À défaut de pouvoir toucher la tête pensante de ce réseau aussi puissant qu’occulte, un procureur d’Ankara vient d’ouvrir une enquête à son encontre et la chasse à ses partisans s’intensifie en Turquie. Après des milliers de limogeages au sein de la police et de la justice, une cinquantaine de hauts fonctionnaires ont été congédiés des ministères début mai, des directeurs d’institutions publiques remplacés, et le chef du gouvernement s’est félicité que l’ensemble des sympathisants de la confrérie à l’intérieur de son cabinet aient tous été identifiés. Quel contraste avec le pacte conclu ces dernières années entre Recep Tayyip Erdogan et Fethullah Gülen pour mettre fin au pouvoir politique de l’armée.

Parallèlement à l’enquête visant Fethullah Gülen, les procureurs à l’origine des raids anticorruption de décembre font à leur tour l’objet de procédures judiciaires et 425 inspecteurs, selon le ministère de l’Intérieur, sont mobilisés pour traquer les fonctionnaires soupçonnés d’être responsables des échanges téléphoniques piratés.

Mais cette purge à l’intérieur des structures de l’État ne rassasie pas Recep Tayyip Erdogan qui a promis de frapper le réseau au portefeuille. La fermeture annoncée des dershane va représenter un coup dur, car ces établissements privés de soutien scolaire très prisés en Turquie représentent une rentrée d’argent majeure pour la confrérie. Contrôles fiscaux et réglementaires se multiplient dans les entreprises réputées pro-Gülen. La société minière Koza s’est ainsi vu retirer des permis d’exploitation. Asya Bank, proche du Hizmet, tente, elle, de se remettre d’une tentative de déstabilisation. Selon les médias, les institutions publiques ont retiré 4 milliards de livres turques de l’établissement de finances islamiques en quelques jours.

« Les sociétés ont désormais peur de passer de la publicité dans les médias » du nouvel ennemi public numéro un, de peur d’être à leur tour dans le collimateur gouvernemental, souligne Ahmet Altan, économiste proche du mouvement. Les municipalités récupèrent des locaux mis à sa disposition, des terrains cédés à des universités sont repris, énumère Mustafa Yesil. « Erdogan a dit qu’il ne fallait pas nous donner la plus petite goutte d’eau » , rappelle-t-il, sourire en coin.

Face à cette guerre, « le bilan sera lourd et la communauté va entrer dans une période de repli, pronostique Ahmet Altan. Mais elle a déjà été confrontée à ce type de difficultés avec l’État, elle survivra, continuera à travailler, la patience est inscrite dans son âme. »

La communauté va entrer dans une période de repli (…) Elle survivra, continuera à travailler, la patience est inscrite dans son âme.

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