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Municipales : Istanbul, bataille capitale pour Erdogan 29 mars 2014

Posted by Acturca in Istanbul, Turkey / Turquie.
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Libération (France) samedi 29 mars 2014, p. 16

Ragip Duran

Une alternance à gauche, dimanche, signerait le déclin de l’AKP, secoué par les scandales. Jamais, dans l’histoire récente de la Turquie, des élections municipales n’ont eu un tel enjeu. «C’est un véritable référendum pour ou contre le Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, et ce scrutin va décider de son destin politique», analyse Celal Baslangic, rédacteur en chef du mensuel de gauche Tukenmez. Plus de 52 millions d’électeurs iront aux urnes ce dimanche pour élire les 3 225 maires et autres responsables des collectivités locales des 81 départements. Quelque 22 partis politiques et plusieurs centaines de candidats indépendants sont en lice, mais la compétition se déroulera essentiellement entre les quatre formations représentées à l’Assemblée nationale : l’AKP (Parti pour la justice et le développement, droite islamiste, au pouvoir depuis 2002, qui compte actuellement 318 sièges sur les 548) ; le CHP (Parti républicain du peuple, social-démocrate, 134 sièges); MHP (Parti d’action nationaliste, extrême droite, 52 sièges) ; BDP-HDP (Parti de la paix et de la démocratie-Parti démocratique des peuples, Kurdes et gauche, 30 sièges).

Tous les regards sont fixés sur Ankara, la capitale, et plus encore sur Istanbul, dont Recep Tayyip Erdogan fut le premier maire islamiste en 1994. Depuis, la ville est toujours restée entre les mains de l’AKP. «Cela a été son tremplin politique au niveau national et Erdogan, même devenu Premier ministre, continue à se comporter comme le maire d’Istanbul, portant tous les grands projets, dont ceux qui ont nourri la contestation au printemps dernier», analyse le politologue Ahmet Insel, soulignant que le maire AKP de la métropole du Bosphore, Kadir Topbas, est quasi absent de la campagne.

corruption. «Est-ce que les citoyens vont voter pour les voleurs et les criminels ou bien est-ce qu’ils vont les punir ? Là est l’enjeu du scrutin», assure Ertugrul Kurkcu, un des ténors du BDP-HDP. L’AKP est secoué depuis le 17 décembre par un scandale de corruption éclaboussant le Premier ministre et impliquant des ministres, des hauts fonctionnaires, des maires et des hommes d’affaires accusés «d’opérations financières et commerciales illégales et illégitimes». De nouveaux enregistrements de conversations téléphoniques entre Erdogan, son fils et des hommes d’affaires, sont diffusés sur des réseaux sociaux. Le Premier ministre islamo-conservateur accuse la confrérie islamiste de Fethullah Gülen, imam septuagénaire réfugié aux Etats-Unis depuis 1999 qui fut son allié, d’être à l’origine de ces révélations. Les «gülenistes» ont en effet infiltré la police et la justice ces dernières années. Recep Tayyip Erdogan pourfend désormais cet «Etat dans l’Etat» et dénonce un complot international. Dernier épisode en date : la publication jeudi soir d’un enregistrement d’une conversation entre le ministre des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, le patron des services sercrets, Hakan Fidan, et un général à propos de provocations militaires en Syrie, a encore nourri la paranoïa du pouvoir, qui a décidé de bloquer YouTube.

La bataille d’Istanbul s’annonce serrée. «Cette ville est électoralement le miroir de la Turquie. Si le pouvoir perd, et c’est possible, alors tout le monde comprendra que l’AKP est réellement sur le déclin», espère Kadri Gursel, éditorialiste du quotidien de centre gauche Milliyet. Avec plus de 15 millions d’habitants, la métropole du Bosphore est le coeur de l’économie, de l’industrie et de la culture. Le très charismatique ancien maire socialiste du quartier de Sisli, Mustafa Sarigul, peut, selon les sondages, l’emporter. Ankara, capitale et deuxième plus grande ville du pays, dirigée depuis plus de dix ans par Melih Gökcek (AKP), a encore plus de chances de basculer à gauche, d’autant que le CHP y présente un candidat fort et populaire, Mansur Yavas, ancien maire MHP d’un district de la ville.

dramatisation.Le BDP-HDP, le parti prokurde, pourrait prendre à l’AKP certaines grandes villes des régions kurdes, et atteindre la barre des 8 à 10% des voix au niveau national. Mais rien n’y est joué, d’autant que les sondages, dont la publication est interdite dans les derniers jours de campagne, sont généralement peu fiables. C’est vrai aussi à l’échelle nationale : selon une étude de Konda, l’institut le plus crédible, l’AKP resterait de loin le premier parti, recueillant 46% des voix, contre 27% pour le CHP. Le parti au pouvoir serait en baisse sensible par rapport aux dernières législatives de 2011 (49,5%), mais améliorerait son score des municipales de 2009 (39%).

La résistance du parti au pouvoir s’expliquerait par l’extrême polarisation et la dramatisation du débat politique. Erdogan, profitant des moyens du gouvernement et des médias, a réussi à rassembler des dizaines de milliers de personnes lors de ses meetings, galvanisant ses partisans avec des discours très nationalistes et religieux. «Pour l’électorat musulman, il reste un facteur de stabilité et il a su très bien, vis-à-vis de celui-ci, utiliser la thématique du complot, brandissant le danger pour la sécurité nationale», analyse Ahmet Insel, soulignant que si 60% des Turcs croient bien à la réalité des affaires de corruption, ils sont tout aussi nombreux à croire à la réalité de la conspiration. De plus, l’AKP s’est bien enraciné : «Une nouvelle bourgeoisie s’est créée dans cette décennie de pouvoir, avec ces classes moyennes conservatrices qui avaient été écartées du pouvoir depuis la fondation de la République laïque en 1923», relève Ahmet Cakmak, professeur à l’université Marmara, rappelant aussi que «l’absence d’une alternative crédible est un atout important pour Erdogan».

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