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La partie nord de Chypre, sous perfusion turque, est épargnée par la crise 29 avril 2013

Posted by Acturca in Economy / Economie, EU / UE, South East Europe / Europe du Sud-Est, Turkey / Turquie.
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Le Monde (France) lundi 29 avril 2013, p. 7                                                                  Türkçe

Guillaume Perrier, Nicosie, Envoyé spécial

Avec 4 % de croissance attendus en 2013, l’écart de niveau de vie avec le Sud de l’île se réduit.

Les travailleurs se font rares, de bon matin, au point de contrôle, avant de traverser la « ligne verte », la frontière qui coupe l’île de Chypre d’est en ouest. « La plupart ont perdu leur emploi. Moi, je continue à aller dans la partie grecque tant que le patron peut me payer », déclare Murat, un ouvrier du bâtiment chypriote-turc qui, quotidiennement, part travailler à Nicosie-Sud, comme plusieurs milliers d’autres le faisaient avant la crise. Prise dans la tourmente financière, la République de Chypre n’attire plus vraiment la main-d’œuvre de la partie sous contrôle turc.

« Une majorité de ces emplois, qui amenaient directement de l’argent au nord, vont disparaître, mais ils avaient déjà commencé à être remplacés ces dernières années par une main-d’œuvre à bas prix des pays d’Europe de l’Est », constate Hasan Güngör, économiste et conseiller spécial à la présidence de la République turque de Chypre du Nord (RTCN), entité reconnue par la seule Turquie, qui contrôle un tiers de l’île depuis 1974. La crise qui s’abat sur le Sud (la croissance chypriote devrait tomber à – 8,7 % en 2013), va-t-elle s’étendre au nord? « Cela aura des conséquences négatives sur le commerce bipartite et la vente de produits chypriotes-turcs, mais cela ne représente pas grand-chose, 3,8 millions d’euros de marchandises en 2012, l’impact ne sera pas significatif », poursuit M. Güngör.

Pour le moment, la petite communauté chypriote-turque, moins de 300 000 habitants regroupés dans le nord de l’île, ne connaît pas la crise. De ce côté de la ligne verte, la croissance devrait atteindre cette année les 4 %. Le système financier a été relativement assaini, en même temps qu’en Turquie, après la crise de 2001 qui a vu sept banques locales être placées en liquidation. L’écart de niveau de vie avec le Sud, environ 40 %, se réduit.

Si la crise épargne la RTCN, c’est « grâce à la séparation », estime son « ministre » des finances, Ersin Tatar. Dans son vaste bureau, à Nicosie-Nord, il assure ne pas partager le sentiment de revanche, parfois exprimé dans les rues de la capitale divisée. « Nous avons toujours envié la prospérité de l’économie au sud, même si quand nous avions des difficultés, ils opposaient leur veto à tous les projets, souligne M. Tatar. Ils gardent beaucoup d’atouts et de notre côté, nous devons être attentifs à la discipline financière. » Plus sûr de lui, le ministre turc des affaires européennes n’a pas hésité à proposer à Chypre, sur le ton de la provocation, de remplacer l’euro par la livre turque.

Imperméable à la crise venue du sud de Chypre, la république turque autoproclamée vit à l’ombre de la « mère patrie » turque, ce qui lui a permis de ne pas sombrer. Liées pour le meilleur et pour le pire à Ankara, les autorités locales ont adopté les préceptes économiques du gouvernement de Recep Tayyip Erdogan. Surveillance des dépenses publiques, réforme de la sécurité sociale, augmentation des taxes, privatisations… La cession à un groupe privé turc de l’aéroport d’Ercan devrait rapporter 360 millions d’euros et permettre le doublement de la capacité annuelle. Malgré l’impossibilité, pour les compagnies régulières non turques, d’y atterrir.

Chypre-Nord compte largement sur le tourisme, en pleine progression, pour continuer à croître. Le nombre annuel de touristes atteint à peine 600 000, dont trois quarts de Turcs, mais Britanniques, Russes ou Scandinaves sont de plus en plus nombreux à franchir la ligne verte, délaissant le Sud. Une grande campagne de publicité a même été lancée en Angleterre pour vendre la destination « Chypre-Nord », « un pays sans problème d’euro », précise le slogan, et les étrangers sont invités à venir s’y installer.

La côte nord, plus sauvage, s’est récemment couverte de résidences de vacances bon marché, qui ont attiré des milliers de retraités européens. La multiplication des casinos (on en compte 31) a également fédéré une clientèle régionale. Les autorités chypriotes grecques songent d’ailleurs à en ouvrir à leur tour, ce qui, jusqu’alors, avait toujours été empêché par l’Eglise orthodoxe. La RTCN mise, enfin, sur les universités, et fait venir des étudiants d’Asie centrale, du Pakistan ou d’Afrique. Leur nombre, 55 000 cette année, pourrait être porté à 100 000.

Mais rien ou presque ne pourrait se faire sans l’aide d’Ankara. L’aide financière directe – 320 millions d’euros en 2012, selon les services de la présidence – rééquilibre la balance budgétaire. La RTCN, assure son ministre des finances, a refusé d’héberger l’argent douteux d’investisseurs russes, syriens ou les capitaux iraniens visés par l’embargo.

C’est la Turquie qui finance la construction d’une nouvelle route, tout le long de la côte, ainsi que le futur aqueduc sous-marin qui verra le jour en 2014. Ce projet colossal d’acheminement d’eau depuis la Turquie vers le nord de Chypre permettra à l’entité turque de développer l’agriculture et d’en revendre une partie au Sud, régulièrement victime de sécheresse. Cette dépendance à l’égard de la Turquie, « c’est ce que les Européens ont voulu, affirme M. Tatar. Nous aurions pu nous développer beaucoup plus s’ils nous avaient autorisés à faire du commerce direct avec l’extérieur ».

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