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Syrie : la Turquie explore la piste d’une intervention 22 novembre 2011

Posted by Acturca in Middle East / Moyen Orient, Turkey / Turquie.
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Le Monde (France) mardi 22 novembre 2011, p. 4                   Türkçe

Natalie Nougayrède

Comment « protéger les civils  » en Syrie et faciliter la chute du président Bachar Al-Assad, auquel les Etats-Unis, la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne ont demandé, en août, d’abandonner le pouvoir ? Alors que le risque de guerre civile dans le pays est de plus en plus évoqué, la Turquie a commencé à préparer des plans militaires pour mettre en place une « zone sécurisée  » à l’intérieur de la Syrie, indiquent des sources dans l’opposition syrienne, ainsi qu’au sein du parti AKP au pouvoir à Ankara.

Le plan turc, encore au stade de l’ébauche, comporterait trois éléments : la création d’une enclave à l’intérieur de la frontière syrienne où pourraient se réfugier des civils et des déserteurs de l’armée syrienne, la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne pour protéger cette zone, et une fermeture de la frontière turco-syrienne pour contribuer à l’étouffement économique du régime de Damas.

Le ministre des affaires étrangères turc, Ahmet Davutoglu, explore l’idée d’une intervention militaire limitée, en territoire syrien, relève-t-on de source officielle occidentale. Le projet a déjà fait l’objet de fuites dans la presse turque. Il met en exergue la volonté d’Ankara de jouer un rôle de premier plan sur le dossier de la Syrie, alors que vient d’expirer sans résultat un ultimatum de la Ligue arabe adressé à Damas.

Les responsables turcs posent plusieurs conditions : ne pas agir seuls, obtenir une implication de l’OTAN pour la zone d’interdiction aérienne et s’appuyer au préalable sur une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies. Ce dernier point rend le projet particulièrement aléatoire, étant donné l’opposition de la Russie.

Dans l’entourage du ministre français des affaires étrangères, Alain Juppé, qui effectue une tournée dans la région du Golfe après une visite en Turquie, le 18 novembre, on commentait avec circonspection, dimanche 20 novembre, l’idée d’une « zone sécurisée  » en Syrie. Paris entend privilégier une approche diplomatique progressive, en s’appuyant sur la Ligue arabe, qui a annoncé qu’elle tiendrait une réunion ministérielle jeudi sur la Syrie. Créer une telle enclave n’est pas d’actualité, et la France ne travaille pas à un tel scénario, indique-t-on côté français.

La question syrienne a été au coeur des entretiens de M. Juppé à Ankara, mais les discussions n’ont pas porté sur une intervention armée. Interrogé par la presse à Ankara, le ministre français avait souligné qu’aucune action militaire ne pouvait être envisageable sans feu vert de l’ONU.

Le débat qui semble monter à propos d’une « zone sécurisée », que réclament certains opposants syriens, intervient au moment où la France et la Turquie ont commencé à opérer un rapprochement bilatéral inédit, rompant avec les fortes tensions observées notamment au début de l’intervention armée en Libye. Alain Juppé a ainsi invité son homologue turc à la prochaine réunion des ministres des affaires étrangères de l’Union européenne, prévue le 1er décembre à Bruxelles. La France a aussi proposé à ses partenaires européens d’étendre cette invitation au secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil Al-Arabi.

Paris mise sur un scénario d’accroissement des sanctions et d’étouffement financier du pouvoir syrien, tout en valorisant l’implication des pays arabes sur le dossier. Il s’agit d’accompagner les efforts déployés par M. Arabi pour tenter d’obtenir un déploiement en Syrie d’observateurs de la Ligue arabe. Dans un entretien publié par le Sunday Times, le président Bachar Al-Assad a assuré que « la Syrie ne cédera pas et continuera à résister à la pression dont elle fait l’objet ».

L’opposition au régime Assad, dont le Conseil national syrien (CNS) est la pièce centrale, s’est gardée de demander formellement, à ce jour, une action militaire internationale pour mettre fin à la répression. Selon Mohammad Al-Abdallah – un représentant des groupes anti-Assad basé à Washington, qui participait vendredi 18 et samedi 19 novembre à un Forum de sécurité internationale, à Halifax, au Canada, en présence du secrétaire américain à la défense, Leon Panetta -, cela s’explique notamment par la grande réserve des capitales occidentales. L’administration Obama veut avant tout tenter d’assouplir la position russe, en s’appuyant sur les partenaires de la Ligue arabe. Mais « une zone sécurisée à l’intérieur de la Syrie permettrait d’encourager les défections au sein des forces de sécurité du régime », souligne cet opposant, qui rappelle qu’après la chute de Tripoli, des manifestations se sont tenues en Syrie en faveur d’une zone d’interdiction aérienne.

Les signaux envoyés par la Turquie mettent en relief un complexe jeu régional au Moyen-Orient, soulignent des responsables occidentaux. Même si la Turquie veut se montrer en phase avec les initiatives de la Ligue arabe, son intention de jouer un rôle de premier plan la fait entrer de facto dans une forme de lutte d’influence avec l’Arabie saoudite et le Qatar, très impliqués sur le dossier syrien. Cette posture « néo-ottomane  » turque, accompagnée désormais de l’idée d’un engagement en Syrie, peut par ailleurs relever, avant tout, d’une stratégie de pression psychologique accrue sur Damas, après les sanctions annoncées par Ankara, commentent des diplomates.

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