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Pourquoi Sarkozy n’est pas le bienvenu en Turquie 25 février 2011

Posted by Acturca in France, Turkey / Turquie, Turkey-EU / Turquie-UE.
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L’Expansion.com (France) Vendredi, 25 février 2011

Propos recueillis par Yves-Michel Riols

Le président Nicolas Sarkozy effectue vendredi 25 février une courte visite à Ankara. Décryptage des enjeux de cette rencontre avec Sinan Ülgen *, ancien diplomate turc.

Comment Nicolas Sarkozy sera-t-il reçu en Turquie?

Avec amertume. Le président Sarkozy ne passera que quelques heures à Ankara, il y recevra un accueil glacial. Il s’y rendra d’ailleurs en tant que président du G20. Les autorités turques n’ont pas caché leur irritation. Elles ont fait savoir qu’elles auraient préféré un séjour plus long, comme ce fut le cas lors des précédentes visites de Jacques Chirac et de François Mitterrand, afin que le président Sarkozy puisse se rendre compte par lui-même de la réalité du pays. Les Turcs ont l’impression que cette visite est une opération de façade montée pour servir l’agenda du président Sarkozy, qui pourra ainsi contrer ceux qui le critiquent de ne pas s’être encore rendu dans un pays dont l’importance est de plus en plus reconnue.

Les relations entre la France et la Turquie sont tendues et les Turcs rendent Nicolas Sarkozy responsable de cette tournure négative en raison de son opposition à l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne (UE). La Turquie souhaite rejoindre l’UE non pas pour en tirer des avantages matériels. C’était peut-être encore l’aspiration il y a dix ou vingt ans, mais elle n’est plus de mise. Aujourd’hui, l’optique a changé. La perspective d’adhésion est un objectif de civilisation qui renforce l’identité occidentale et européenne de la Turquie. Ce désir d’ancrage identitaire a toujours existé aux côtés d’objectifs plus économiques. Mais aujourd’hui, les aspects utilitaires sont moins importants car le pays connaît depuis plusieurs années un développement économique spectaculaire qui a renforcé sa confiance et son influence.

Pour les Turcs, quel est l’enjeu de cette visite?

Ils vont saisir cette occasion pour faire passer deux messages. Premier message: que cela fasse plaisir ou non au président Sarkozy, la diplomatie turque va rappeler son point de vue sur la perspective d’adhésion de la Turquie à l’UE. Même si les Turcs savent que la position de M. Sarkozy est aux antipodes de la leur, ils vont insister sur le fait que la volonté de la Turquie d’adhérer à Union européenne ne va pas changer uniquement parce que le Président Sarkozy y est opposé.

Deuxième message: la France se trompe si elle pense qu’elle peut améliorer les relations bilatérales avec la Turquie dans tous les domaines (économie, culture, etc), tout en s’opposant à son entrée au sein de l’UE. Si la France souhaite que ses entreprises aient une chance de se positionner sur les nombreux grands projets en cours dans le pays, elle doit revisiter son opposition aux ambitions européennes de la Turquie. Vouloir jouer sur les deux tableaux n’est pas réaliste.

Les Turcs croient-ils toujours qu’ils vont rejoindre, un jour, l’Union européenne?

De moins en moins, c’est très net au vu des sondages. Mais il reste quand même une masse critique d’environ 40% de la population qui continue de soutenir une politique de convergence, voir d’adhésion, à l’Union européenne. Je pense qu’il faut comprendre les enjeux à long terme qui sous-tendent la volonté d’adhésion de la Turquie. Ceux qui prônent une transformation plus libérale et occidentale du pays considèrent que la Turquie a toujours besoin de l’Europe. D’où ce désir de faire évoluer cette relation entre la Turquie et l’Europe pour l’utiliser comme un levier pour accélérer la modernisation de la Turquie.

C’est pour cela qu’il y a une telle animosité envers le Président Sarkozy. On le tient responsable de vouloir couper ce lien entre l’Europe et la Turquie, alors que les Turcs en ont encore besoin pour transformer leur société vers un modèle plus occidental. La déception envers Nicolas Sarkozy est d’autant plus grande que les valeurs républicaines et laïques françaises ont fortement inspiré la république turque, depuis sa création en 1923.

* Sinan Ülgen, 44 ans, ancien diplomate turc, directeur du centre d’études économiques Edam, à Istanbul, et chercheur à la fondation Carnegie Europe, à Bruxelles.

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