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La Turquie, un espoir pour l’Europe 9 décembre 2010

Posted by Acturca in Turkey / Turquie, Turkey-EU / Turquie-UE.
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La Tribune (France), 9 décembre 2010, p. 35

Par Guillaume Klossa et Can Buharali *

La période actuelle nuit au renforcement des relations entre l’Union européenne et la Turquie. Il est pourtant dans l’intérêt des deux parties de relancer une dynamique commune.

L’Union européenne traverse une période difficile. Elle doit gérer de multiples crises économiques, financières et sociales. Les institutions du traité de Lisbonne n’ont pas encore prouvé leur efficacité. L’essentiel des innovations démocratiques du traité ne seront en place qu’avec l’élection du prochain Parlement européen en 2014 qui, pour la première fois, aura le rôle pilote dans le choix du président de la Commission européenne. Surtout, l’époque favorise le populisme et le retour d’identités « nationalistes » puissantes.

Dans ce contexte troublé, certains États membres de l’Union européenne voient d’un oeil méfiant la perspective d’adhésion d’un grand État musulman, bien qu’officiellement laïc. Ils négligent le relais de croissance qu’offre pourtant le tigre turc et ses contributions potentielles dans des domaines structurants pour l’avenir comme l’énergie. Ils sous-estiment aussi la dynamique démocratique à l’oeuvre au coeur de la société turque. Les négociations d’adhésion ont en effet contribué à une modernisation accélérée du pays, notamment en matière de liberté et de justice, avec l’abolition de la peine de mort, la réforme du système carcéral, la reconnaissance de l’identité kurde et un début de normalisation des relations avec l’Arménie.

Du côté turc, le sentiment que l’Europe est en train de sortir de l’histoire croît rapidement, tant parmi les élites que dans l’opinion publique : les Turcs prennent conscience que le potentiel de croissance à long terme du Vieux Continent est bien plus faible que celui des grands pays asiatiques ou sud-américains. Dans une période où les négociations sur l’adhésion de la Turquie sont lentes et difficiles, la mariée paraît donc bien moins belle qu’il y a dix ans au moment où s’instaurait une vraie dynamique de rapprochement. Et si Ankara continue à afficher sa volonté d’adhésion, la mollesse et le doute ont succédé à l’enthousiasme des premiers temps. D’autant que la classe politique et économique turque se voit désormais en grande puissance régionale et a tendance à sous-estimer les bénéfices économiques, politiques et sociaux résultant de l’européanisation de son droit et de ses structures politiques, économiques et sociales.

En d’autres mots, le rapprochement programmé entre Bruxelles et Ankara ne va plus de soi. En ce qui nous concerne, nous ne préjugeons pas du futur, mais une conviction nous anime : l’Union européenne et la Turquie partagent bien plus qu’elles ne le croient et il est urgent de renforcer une connaissance mutuelle encore insuffisante. En effet, si récemment, la saison culturelle turque en France a connu un très vif succès et si les délégations européennes se succèdent à Ankara, rares sont ceux en Europe qui connaissent réellement la société turque actuelle : sa dynamique économique et culturelle, mais aussi son histoire et son inspiration républicaine qui date de la fin du XIXe siècle avec les diasporas turques de l’Empire ottoman.

De la même manière, les Turcs n’ont sans doute pas complètement fait l’effort de compréhension des enjeux européens contemporains. Cet effort de compréhension réciproque nous paraît aujourd’hui essentiel pour qu’ensemble nous soyons en mesure de jouer un rôle actif en faveur d’une gouvernance mondiale plus juste et efficace, à l’heure du changement climatique et du retour du chacun pour soi à l’échelle planétaire. Mais aussi plus concrètement pour peser en faveur d’une démarche de paix et de croissance durable au Moyen-Orient qui est à notre portée si nous agissons ensemble.

Ne nous laissons pas enfermer dans l’impasse créée autour de l’adhésion de la Turquie. Les nouvelles générations de décideurs et de leaders d’opinion ont, de part et d’autre, un rôle majeur à jouer dans cette perspective.

(*) Guillaume Klossa préside EuropaNova (collectif qui milite pour une Europe politique). Can Buharali est vice-président d’Edam, l’un des « think tanks » turcs les plus influents.

Edam et EuropaNova organisent ce jeudi à l’ESCP Paris une rencontre sur le thème « Les nouvelles générations turques, une opportunité pour l’Europe », ouverte au public.

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