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De Byzance à Istanbul : un port pour deux continents 14 octobre 2009

Posted by Acturca in Art-Culture, France, History / Histoire, Istanbul, Turkey / Turquie.
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LCI.fr (France), 14/10/2009

10 octobre 2009 – 25 janvier 2010 Galeries nationales du Grand Palais.

Byzance, Nouvelle Rome, Constantinople, Konstantiniyye puis Istanbul…

Depuis sa fondation jusqu’à nos jours, cette ville baptisée différemment selon les époques est connue comme un lieu de passage et le creuset de multiples cultures et civilisations. Sa situation géographique en fait un carrefour continental autant que maritime, comme le confirment les fouilles entreprises en 2004 lors du creusement du tunnel sous-marin du futur métro. Chronologique, l’exposition met l’accent sur les périodes les plus brillantes de l’histoire d’Istanbul, du temps où elle était capitale.

Occupé depuis la période paléolithique, le site devient, par le Bosphore, le théâtre de flux migratoires importants depuis les Balkans vers l’Anatolie. L’existence d’un port, attestée depuis huit mille ans, est la marque d’une place commerciale éminente et prospère, centre d’une voie nord-sud. L’économie et la vie quotidienne de Byzance, fondation grecque au VIIe siècle avant Jésus-Christ, sont déterminées par la position de la ville. L’occupation romaine ne modifie pas cette identité, mais y ajoute l’activité propre à la présence de garnisons.

En 330, à la suite de la scission entre les empires romains d’Orient et d’Occident, la ville devient capitale sous le nom de Constantinople, en hommage à l’empereur Constantin. Sa position de centre commercial, politique, militaire et religieux se renforce jusqu’à la fin du Moyen Âge. Des groupes ethniques variés se mêlent toujours. La ville antique modernisée : le port, les murailles, les artères, le forum; l’hippodrome, le palais, Sainte-Sophie, se complète des implantations vénitienne et génoise de Galata. L’« invasion latine » qui se produit au cours de la quatrième croisade instaure le droit occidental entre 1204 et 1261, avant une restauration puis la chute devant le Sultan Mehmet II en 1453, à la suite du déclin de l’Empire autour la cité.

Mehmet II le Conquérant veut faire de la ville un point de domination sur l’est et l’ouest, et la capitale d’un nouvel empire musulman. Son règne et ceux de ses successeurs, tels Bayezid II, Selim Ier et Soliman Ier le Magnifique, voient la conversion des édifices chrétiens, au premier rang desquels Sainte-Sophie, pour répondre aux usages de l’Islam. De même, la construction du nouveau palais et d’un fort sur la côte est du Bosphore, l’apparition des mosquées et des medressa résultent d’une politique continue de grands travaux. A l’image de l’extension de l’Empire Ottoman, le visage de la ville se transforme. Néanmoins, des communautés chrétiennes demeurent et la cité reste cosmopolite.

Du côté du pouvoir, les cérémonies officielles, les processions, les fêtes religieuses, les parties de chasse, les réceptions d’ambassadeurs et les grands événements princiers ont laissé de nombreux témoignages et de multiples représentations. La vie quotidienne des stambouliotes nous est également connue par les objets propres aux métiers, au commerce, à la musique, aux transports terrestres et maritimes, aux pratiques religieuses, etc…

Mme Nazan Ölçer, commissaire générale de l’exposition commente ainsi ce projet : « Istanbul, héroïne d’une exposition…. Nous nous sommes attelés à ce projet, conscients de la difficulté de la tâche. (…) Si nous avons choisi d’exposer des objets découverts lors de fouilles, c’est qu’ils reflètent parfaitement les imbrications des nombreuses communautés de cette ville et la richesse de son passé. (…) Nous avons voulu rendre palpable l’aspect polymorphe de cette ville mosaïque. Il aurait été illusoire de vouloir retracer de façon exhaustive les périodes romaine, byzantine et ottomane. L’ambition de cette exposition est simplement de mettre en exergue les personnalités et les périodes prégnantes qui ont contribué à façonner la ville au fil des siècles et à la faire perdurer jusqu’à nos jours. »

L’exposition rassemble près de 500 objets empruntés à des collections turques, françaises et internationales : stèles funéraires, manuscrits, gravures, parures, ustensiles quotidiens, livres, icônes et installations…  Elle consacre une place particulière au port de Théodose, mis au jour à Yenikapı et tente d’éclairer divers aspects du quotidien de cette capitale parallèlement à la vie du Palais.

C’est modestement qu’Istanbul, une des plus anciennes cités au monde, débute son inscription dans l’Histoire. Agglomération commerciale secondaire puis ville provinciale romaine, Byzance, au carrefour de l’Orient et de l’Occident, devient, pour plus de mille six cents ans, la capitale de l’Empire byzantin et du non moins puissant Empire ottoman.

Son site stratégique à la jonction de deux continents et son port naturel en font, depuis ses origines, un lieu d’asile et d’accueil pour des gens de toute race et de toute religion. Sa démographie, ses monuments et sa richesse exceptionnelle suscitent admiration et convoitise. Respectée, désirée, mythifiée, souvent assiégée, elle est au centre de l’expansion de deux empires immenses dont elle suit les mouvements historiques, tantôt glorieux, tantôt plus douloureux.

Protégée par ses conquêtes, et, en dernier recours, par ses remparts, la ville n’est prise que deux fois : en 1204, par les croisés, qui mettent à sac la capitale byzantine et l’occupent pour soixante ans, et en 1453, par le sultan ottoman Mehmed II, qui met ainsi fin à l’Empire byzantin.

Tel un phénix, Constantinople renaît de ses cendres sous l’impulsion de ses nouveaux maîtres qui en font la plus brillante des capitales des Temps modernes. La diversité ethnique et confessionnelle de l’Empire ottoman se reflète dans sa capitale. À l’ombre d’une puissance impériale qui se définit dans l’islam, des communautés musulmanes, chrétiennes et juives forment une riche mosaïque urbaine.

Forte d’une histoire de huit mille ans, Istanbul est aujourd’hui une mégapole de quatorze millions d’habitants. Sa population jeune, dynamique et cosmopolite cultive à la fois la conscience d’un passé prestigieux et un puissant élan vers un avenir prometteur. A l’exemple des fouilles récentes de Yenikapı, Istanbul continue à surprendre et à fasciner.

La préhistoire d’Istanbul

L’Istanbul contemporaine s’étend sur les rives européenne et asiatique de la mer de Marmara et du Bosphore. Son développement historique se situe toutefois essentiellement sur le territoire européen. Les premières traces humaines de la région remontent au paléolithique (1 000 000 à 10 000 avant notre ère) et sont liées à sa situation comme point de passage obligatoire entre deux continents, pour l’Homo erectus il y a deux millions d’années, pour l’homme de Neandertal il y a 200 000 ans, et enfin pour l’Homo sapiens. Les vestiges les plus anciens de ces passages ont été découverts sur la rive européenne à l’ouest de la ville, dans la grotte de Yarımburgaz. Le néolithique est marqué par la sédentarisation et le passage à l’agriculture. Ce nouveau mode de vie s’impose en Anatolie occidentale et dans la région de la mer de Marmara vers 6600 av. J.-C., avant de se diffuser dans les Balkans et en Europe. L’abondance des vestiges découverts à Istanbul et dans les environs, notamment à Pendik et Fikirtepe sur la rive asiatique, atteste la présence d’un habitat dense durant toute cette période. Les récentes fouilles de Yenikapı, sur la rive européenne, ont révélé que la péninsule historique était également peuplée à cette époque. Le chalcolithique (5800-3200 av. J.-C.) n’est représenté que par quelques vestiges découverts en profondeur sous l’hippodrome byzantin et lors des fouilles de Yenikapı. De l’Âge du bronze (3200-1100 av. J.-C.), marqué en Anatolie par le développement de cités et d’empires, date la butte (höyük) de Selimpaşa, à l’ouest de la ville. Enfin, pendant le premier Âge du fer (1100-900 av. J.-C.) la région abrite de petits villages, dont des vestiges ont été découverts à la pointe de la péninsule et à Yenikapı.

Les époques grecque et romaine

Colonie grecque de la cité de Mégare, Byzance est, selon la légende, fondée vers 660 av. J.-C. par le mythique Byzas. Son territoire couvre alors à peine la superficie de l’actuel palais de Topkapı et de Sainte-Sophie. Sous domination romaine, la ville se développe vers l’ouest jusqu’au forum de Constantin (aujourd’hui Çemberlitaş). Aux alentours, notamment le long de la Corne d’Or, de nombreux villages sont dans la sphère d’influence de la ville.

Jouissant d’une situation exceptionnelle, Byzance tombe tour à tour, à partir du VIe siècle av. J.-C., sous la domination des Perses, d’Athènes et de Sparte. Indépendante à l’époque hellénistique, la ville est rattachée à la province romaine de Bithynie en 146 av. J.-C. A la fin du IIe siècle de notre ère, la ville est détruite pour avoir soutenu Pescennius Niger, avant d’être rebâtie par son destructeur, l’empereur Septime Sévère.

Les plus importants édifices religieux de l’acropole de Byzance sont les temples de Zeus, Apollon, Artémis, Aphrodite et Poséidon, ainsi que l’autel d’Athéna Ekbasia. La ville compte un grand nombre d’édifices publics, notamment les bains d’Achille et de Zeuxippe, des citernes, un théâtre et un hippodrome dont la construction, entreprise sous Septime Sévère, s’achève sous Constantin. Les sources mentionnent l’existence de trois ports : ceux de Phosphorion et Neorion au nord à l’entrée de la Corne d’Or, et le port de Théodose au sud.

Les statues de Silahtarağa

Une structure, composée d’une pièce carrée à six niches et de deux petites pièces contigües, a été mise au jour en 1949 à Silahtarağa. Il s’agit sans doute d’un nymphée (fontaine) ou d’un sanctuaire consacré aux Muses. Une gigantomachie, combat des dieux, parmi lesquels Apollon et Artémis – en marbre blanc – et des géants – en calcaire noir – date des IIe et IIIe siècles.

Les débuts de la capitale byzantine, du IIIe au VIe siècle

Plusieurs crises annoncent, au IIIe siècle, la fin de la Pax Romana qui régnait autour de la Méditerranée. Les empereurs, plus particulièrement Dioclétien (244-311) et Constantin Ier (272-337), sauvent temporairement l’unité de l’Empire romain malmené par des guerres sans fin, des luttes de pouvoir et une grande fragilité économique. Par la volonté de Constantin, le christianisme devient religion officielle de l’Empire et la capitale est transférée de Rome à Byzance. S’ouvre alors la période dite de l’Antiquité tardive. En 395, l’empereur Théodose Ier partage l’Empire entre ses fils, Arcadius pour l’est, et Honorius pour l’ouest. L’Empire s’effondre définitivement à l’ouest au cours du Ve siècle, alors qu’il vivra encore plus de mille ans à l’est.

Du statut de ville romaine secondaire, Byzance, devenue capitale et rebaptisée Constantinople en hommage à son fondateur, se dote progressivement de monuments et d’institutions à l’instar de Rome : le Sénat, l’hippodrome enfin achevé, un système de distribution gratuite de vivres. Ses limites s’élargissent sensiblement, notamment sous l’impulsion de Théodose II (408-450) qui construit de nouveaux remparts. Les empereurs Arcadius et Marcien l’embellissent de forums. Justinien (483-565) entreprend de grands chantiers qui transforment Constantinople en une véritable cité impériale. Monument emblématique, la cathédrale Sainte-Sophie, comme d’autres édifices majeurs qu’il érige ailleurs, s’inscrit dans le projet de Justinien de rendre toute sa gloire à l’Empire qui s’étend désormais de la Perse à l’Espagne. Constantinople compte alors près d’un demi-million d’habitants.

Les rues de Constantinople

La Mésè, courant d’est en ouest de Sainte-Sophie à la Porte dorée, est l’artère principale de la ville. Elle est jalonnée de places entourées de portiques (les forums), le plus souvent dotées d’une colonne monumentale au centre. Les avenues, les places et les édifices de Constantinople arborent par ailleurs d’innombrables statues antiques ainsi que des œuvres plus modernes, reflets de la christianisation et du goût, propre à la période antique tardive, pour un art plus stylisé.

L’hypogée de la porte de Silivri

Découvert en 1988, cet hypogée (salle funéraire souterraine) daté du Ve siècle contient huit sépultures. Les sarcophages et tombes en calcaire sont pourvus de reliefs représentant divers thèmes bibliques et chrétiens. Les murs sont en briques et en pierres enduites et ornées de peintures.

La lutte pour la survie, les VIIe et VIIIe siècles

Par sa politique ambitieuse, mais coûteuse, de reconquête des territoires de l’ouest, Justinien (483-565) laisse à sa mort un Empire vulnérable aux nouveaux envahisseurs. Les épidémies de peste accentuent cette faiblesse. Si Héraclius (576-641) arrête l’avancée des Sassanides, venus d’Iran, les Slaves et les Bulgares progressent en Grèce et dans les Balkans, tandis que l’hégémonie byzantine s’affaiblit en Italie. C’est enfin l’expansion musulmane qui coûte peu à peu à l’Empire ses riches provinces orientales, la Syrie et l’Égypte. L’Empire des VIIe et VIIIe siècles est ainsi réduit à l’Asie mineure et aux côtes grecques. Ses ressources fiscales et militaires ne lui permettent pas de rivaliser avec les dynasties musulmanes successives des Omeyyades de Damas et des Abbassides de Bagdad. Les empereurs des dynasties isaurienne, tel Léon III (685-741), et amorienne parviennent toutefois à maintenir les frontières et reprennent même parfois des territoires. Mais en Occident, Charlemagne, couronné empereur à Rome en l’an 800, est également un rival, chrétien de surcroît. La civilisation méditerranéenne classique, urbaine, s’efface progressivement devant un ordre nouveau plus rural. Les structures économiques se simplifient ; l’alphabétisation et l’activité intellectuelle déclinent. Constantinople subit les sièges avar et sassanide en 626, puis deux sièges arabes, en 674-678 et en 717-718. Sa population tombe à 40 000 habitants vers 750. La distribution gratuite de vivres cesse. Les chantiers se limitent aux restaurations et aux constructions défensives. Constantinople demeure cependant la plus grande cité de l’Empire et l’une des principales métropoles du bassin méditerranéen. À l’abri de ses remparts bien entretenus, ses églises et son grand palais continuent de susciter l’admiration des visiteurs de toute part.

La période iconoclaste

L’iconoclasme, littéralement « destruction des représentations », interdit la réalisation ou la vénération d’images sacrées. L’Empire byzantin connaît deux crises iconoclastes, au VIIIe siècle et au début du IXe, aux conséquences importantes dans le domaine artistique. Comme partout ailleurs dans l’Empire, bien des églises de Constantinople sont dépouillées de leurs décors figuratifs au profit d’images non figuratives, tels des dessins floraux, végétaux ou cruciformes. Les iconodules (adorateurs d’images) accusent les iconoclastes d’être influencés par l’islam, et les juifs d’avoir inspiré celui-ci. Les influences extérieures sont en réalité peu probables, la crise étant liée à un questionnement christologique.

De la fin de l’iconoclasme à la conquête latine, 843-1204

Le IXe siècle apporte à l’Empire byzantin une renaissance. L’accroissement démographique et le nouvel essor économique favorisent les recettes fiscales. La défaite de l’iconoclasme en 843 marque la fin d’un schisme important entre l’Eglise et la société. Les empereurs macédoniens (867-1056) établissent la plus puissante entité politique du monde méditerranéen médiéval. Ayant regagné le niveau de population qu’elle avait à la fin de l’Antiquité, Constantinople est la plus peuplée des cités de l’Europe chrétienne, et parmi les plus grandes du Proche-Orient. Marché international où affluent des marchands russes, arabes et occidentaux, elle est aussi le théâtre de cérémonies impériales et religieuses sophistiquées qui manifestent la grandeur de l’Empire romain chrétien, tant auprès de ses sujets que des étrangers. Après les crises militaires et financières du XIe siècle et la perte provisoire de l’Asie mineure et d’une partie des Balkans, Alexis Comnène et ses successeurs revivifient l’Empire et dotent l’État d’une nouvelle organisation aristocratique. Constantinople abrite alors de nombreux monastères et accueille un nombre croissant de marchands vénitiens et génois. L’intégration progressive du monde byzantin aux réseaux commerciaux italiens se double d’une soumission économique et annonce des heures sombres pour la cité, alors que les armées de la quatrième croisade sont détournées sur Constantinople en 1204. Après un sac dévastateur, la ville devient, de 1204 à 1261, le siège de l’Empire latin d’Orient.

L’architecture à l’époque byzantine moyenne

Le plan basilical à dôme central, très fréquent au cours de l’Antiquité tardive, est toujours en vogue au milieu de la période byzantine. Le type le plus courant est désormais la croix grecque inscrite, comme au Myrélaion et à l’église du Pantocrator. Les éléments architecturaux et décoratifs des édifices de cette période sont inspirés de l’art antique tardif, mais aussi de l’art islamique contemporain voisin.

Textile, art et artisanat

Les produits byzantins de luxe, de même que leurs créateurs, sont très prisés, bien au-delà même des frontières de l’Empire. A l’époque macédonienne (IXe-XIe siècles), les artistes revisitent des thèmes hérités du monde gréco-romain. Boîtes en ivoire sculpté et enluminures témoignent de l’assimilation des motifs classiques à des thèmes chrétiens.

La religion

Les souverains et les sujets de l’Empire byzantin se pensent investis d’une relation particulière avec Dieu. L’empereur est vu comme le représentant de Dieu, et l’Empire comme le royaume céleste sur terre. Il ne peut donc y avoir qu’un seul Empereur, un seul Empire et une seule Eglise. Constantinople est le cœur de ce projet politico-religieux.

La fin de l’Empire byzantin (1261-1453)

Après près de soixante années de domination latine, sans transformation urbaine notable, Constantinople redevient la capitale de l’Empire byzantin en 1261. Michel VIII Paléologue (1223-1282) parvient à reprendre la ville à l’envahisseur latin et redonne vie à la cité comme à l’empire. Sous les premiers empereurs paléologues, l’Empire byzantin regagne en puissance militaire, économique et culturelle. Cependant, la décentralisation politique et économique qui commence à la période comnène atteint son paroxysme sous les Paléologues, les empereurs ne pouvant plus alors que difficilement trouver des ressources pour garder l’Etat intact. Des forces politiques centrifuges et la domination italienne sur l’économie et les marchés byzantins entraînent une sévère chute des recettes. Les principautés turques d’Asie mineure occidentale et les Serbes de la région centrale des Balkans progressent de surcroît, entamant les territoires de l’empire qui se réduit progressivement à un petit état et perd son influence internationale. Ni les tentatives d’unification des Églises d’Orient et d’Occident, ni les mariages d’alliance avec des voisins, turcs notamment, ni le recours à des mercenaires étrangers ne parviennent à éviter l’effondrement. Le coup fatal est porté par les Ottomans qui prennent Constantinople en 1453 et mettent ainsi fin à l’Empire byzantin

La cité avant la chute

A l’aube du XVe siècle, la capitale de l’Empire est en décrépitude. Bon nombre de ses magnifiques monuments sont abandonnés tandis que sa population, réduite à moins de 50 000 habitants, s’éparpille dans une ville gagnée par les vergers et les champs. La conquête ottomane, tout en détruisant l’Empire, permettra à la cité de renaître sous une identité nouvelle.

La conquête d’une capitale

Dès son accession au trône ottoman en 1451, le jeune Mehmed II prépare le siège de Constantinople. En 1452, il fait bâtir la forteresse de Rumelihisar qui lui permet de contrôler le Bosphore. Le siège proprement dit commence le 5 avril 1453, lorsque le sultan arrive à la tête d’une armée de cent mille hommes. Abandonnés par l’Occident, les Byzantins ne peuvent compter que sur cinq mille hommes et des renforts d’environ deux mille étrangers et, bien sûr, sur les légendaires remparts de la ville et la chaîne qui ferme l’entrée de la Corne d’Or. Contre les remparts, les Ottomans disposent d’une artillerie lourde mise au point par l’ingénieur hongrois Urbain, qui leur permet de pilonner les défenses byzantines ; pour contourner la chaîne, Mehmed II fait acheminer des embarcations par la terre ferme et les remet à flot dans l’estuaire, en amont de la chaîne. Ce stratagème contraint les Byzantins et leurs alliés à défendre ce front supplémentaire. L’assaut final est livré dans la nuit du 28 au 29 mai, particulièrement du côté des Blachernes. Les deux premières tentatives sont repoussées, mais les défenseurs cèdent devant la troisième vague. La ville est investie et livrée à trois jours de sac après lesquels le sultan rétablit l’ordre et prend possession de la cité et, symbole suprême, de l’église Sainte-Sophie qu’il convertit en mosquée. Son rêve de conquête réalisé, Mehmed II peut passer à la seconde étape de son projet impérial : ressusciter la ville afin d’en faire la capitale de l’Empire ottoman.

Les débuts de l’Empire ottoman

Le fonctionnement de l’Empire ottoman à ses débuts est difficile à cerner. Chef d’un état dynastique vivant grâce aux surplus de multiples petits producteurs agricoles contrôlés par une classe inféodée, le souverain est capable de financer une armée permanente dotée d’armes à feu. C’est par ce moyen que l’Empire conquiert rapidement des territoires étendus sur trois continents, limite l’éparpillement féodal et assure à la dynastie régnante une longévité de plus de six siècles.

L’Empire ottoman n’est donc ni purement médiéval, ni complètement moderne. Il relève d’une structure hybride reposant, d’une part, sur une cavalerie de type féodal propre au Moyen Age et, d’autre part, sur la première armée salariée du monde occidental. Cette ambigüité caractérise aussi la culture ottomane, islamique lorsqu’elle est observée à travers l’opposition entre islam et chrétienté, mais dotée d’une loi coutumière qui la distingue de l’islam classique des terres arabes. Cette culture n’est pas entièrement turque non plus, lorsqu’on considère que les Ottomans s’éloignent progressivement de la culture nomade et tribale des steppes d’Asie centrale. Nourri des traditions byzantine, turcique, persane et islamique et fort de ses propres capacités d’innovation, l’Empire ottoman apparaît comme un parfait exemple de transition du Moyen Age aux Temps Modernes.

Mehmed II « le Conquérant »

N’hésitant pas à se proclamer « César de Rome », visant à la fois l’Orient et l’Occident, posant pour des artistes italiens, prêt à user des dernières avancées technologiques pour marcher sur Rome, Mehmed II est à la fois guerrier et mécène, autocrate et intellectuel. Riche et variée à l’image de son empire, sa culture cosmopolite modèle la capitale qu’il a conquise et qu’il se voue à rebâtir.

Les splendeurs de la capitale de Soliman « le Magnifique »

La capitale de Soliman est une sorte de microcosme. Elle est le reflet de la puissance et de la richesse de l’Empire, monde multiethnique. Les chefs-d’œuvre de l’architecte Sinan, les splendeurs de la cour et les cérémonies urbaines transforment l’apparence de la ville, et glorifient l’Empire et son souverain.

Les cérémonies

Mehmed II met en place un cérémonial de cour, détaillé et très strict, qui vise à distinguer et magnifier le sultan. Désormais coupé du monde, le souverain use de cet isolement fastueux pour exprimer l’unicité de sa position inégalable. Ses successeurs feront usage de ce protocole pour imposer à tous le respect.

La vie quotidienne au palais de Topkapı

Le palais du sultan est divisé entre « extérieur » et « intérieur » : les deux premières cours, « l’extérieur », vibrent de l’activité publique et administrative. A l’inverse, il règne dans la troisième cour, « l’intérieur », le calme d’un espace réservé au sultan et à son entourage immédiat : les pages et les femmes.

Les décors intérieurs

Bien que dépouillés de presque tout mobilier, les intérieurs de l’élite  ottomane expriment le luxe par la richesse des velours et des tapis aux motifs végétaux éclatants de couleurs, par les boiseries peintes de fleurs et de fruits, par l’ivoire travaillé, la nacre, l’écaille de tortue et les faïences multicolores.

L’espace urbain

L’espace urbain de la capitale est fortement structuré, notamment en fonction de la topographie naturelle du terrain : les collines accueillent des complexes socioreligieux très fréquentés tandis que la vie s’organise aussi autour des marchés, des fontaines et des embarcadères. La Corne d’Or et, à partir du XVIIIe siècle, le Bosphore, forment les « grandes allées » de l’élite et de la cour, mais sont aussi des lieux de détente pour les classes moyennes.
Antoine de Favray (1706 -1791)

La vie quotidienne des stambouliotes

Le petit peuple d’Istanbul gravite autour des marchés, des cafés, des bains, et, bien évidemment, des lieux de culte. Les marchés et les bains sont particulièrement fréquentés par les femmes, qui ne se déplacent généralement qu’accompagnées. La création de jardins sur les bords de la Corne d’Or et du Bosphore au XVIIIe siècle marque le développement des loisirs.

L’eau et les bains

Pour les Byzantins comme pour les Ottomans, l’eau est une question cruciale. Si les premiers utilisent plutôt des citernes, les derniers tiennent à alimenter la ville par une eau courante et mettent en place un réseau hydraulique complexe. L’abondance des fontaines et des bains répond aux besoins quotidiens d’une population nombreuse.

Religion et cosmopolitisme

A toutes les époques, la ville est caractérisée par une grande variété ethnique et religieuse : cultes païens de l’Antiquité, branches diverses du christianisme et judaïsme à l’époque byzantine, auxquels vient s’ajouter l’islam sous toutes ses formes après 1453. Cette diversité confessionnelle s’épanouit dans la coexistence des différences aussi bien que dans les chevauchements les plus syncrétiques.

Réforme et transformations

Dès la fin du XVIIIe siècle, l’élite de l’Empire tend à considérer l’Europe comme un modèle éventuel de réforme. L’édit des Tanzimat de 1839 rend officielle cette politique de modernisation doublée d’occidentalisation. Istanbul, déjà ouverte aux influences occidentales, se transforme peu à peu en suivant cette inflexion.

La fin de l’Empire ottoman

La fin de l’Empire annonce aussi, à sa manière, la fin d’Istanbul. Le processus est long, et souvent douloureux : au fur et à mesure que l’Empire perd pied, sa capitale se fait le reflet de cette lente agonie. Entre 1876 et 1908, pendant le règne du sultan Abdülhamid II, conflits meurtriers, nationalismes exacerbés, flots de réfugiés, violences interethniques et une certaine sclérose politique déstabilisent les équilibres traditionnels de la ville. Paradoxalement, tel le chant du cygne, la ville vit en même temps une sorte de « belle époque » fortement marquée une intégration rapide dans le système occidental, souvent avec des relents de colonialisme. La ville est cosmopolite, mais il s’agit d’une culture de plus en plus délocalisée, qui s’inspire d’une modernité importée et extrêmement éclectique. L’architecture et l’urbanisme s’en ressentent, puisant leur inspiration autant dans l’art nouveau que dans le néoclassicisme, l’historicisme culturel, voire l’orientalisme. La Révolution jeune-turque de 1908 fait espérer un court instant que la libéralisation politique aura raison des maux de l’Empire et qu’il sera enfin possible de créer une nation ottomane unifiée. Ce bref état de grâce sera rapidement supplanté par une série de conflits – Tripolitaine, Balkans, Première guerre mondiale – qui, au lieu d’unir, ne font qu’exacerber les divisions et la poussée du nationalisme. Pendant plus d’une décennie, Istanbul vivra la tragédie de voir l’Empire sombrer dans une guerre perdue d’avance et son propre destin livré à la merci d’une situation désormais incontrôlable.

Istanbul au XXe siècle

Vaincu à l’issue de la Grande Guerre, l’Empire voit ses territoires envahis, sa capitale occupée. Si le dernier sultan conserve encore son trône, plus personne ne se fait d’illusion sur le destin qui attend l’Empire. C’est d’ailleurs surtout l’avenir d’Istanbul qui pose problème : elle est tellement convoitée qu’il est question d’en faire une ville franche, sous protection européenne. C’est pourtant d’Asie Mineure que vient la surprise : la résistance nationaliste parvient à contrôler l’Anatolie et finit par reprendre Istanbul. La ville est sauvée, mais soumise désormais aux règles du nouveau régime fondé par Mustafa Kemal Pacha – le futur Atatürk -, dont la capitale est transférée à Ankara. Istanbul est de ce fait marginalisée, politiquement et économiquement. La ville s’en ressent fortement : elle se dépeuple, particulièrement de ses communautés non-musulmanes. Toutefois, avec l’essor économique de l’après-1945, la ville reprend vigueur. Elle attire l’industrie, les affaires, le commerce international, les services et, surtout, une population rurale venue chercher du travail alors que l’économie se fait de moins en moins agricole. Istanbul enrichit et s’enrichit, mais au prix d’une croissance souvent incontrôlée qui menace le bâti des quartiers centraux et crée une nouvelle périphérie de bidonvilles et d’habitations précaires. Les années 1990 annoncent une reprise en main, grâce aussi à la formidable poussée de la mondialisation. Un siècle après avoir frôlé la catastrophe, Istanbul est redevenue une capitale mondiale et régionale, symbole d’un passé plusieurs fois millénaire, mais aussi des espoirs et inquiétudes d’un futur qui commence à peine à se dessiner.

Les fouilles du métro et du tunnel Marmaray à Yenikapı

Depuis le XIXe siècle, Istanbul est confrontée au problème croissant des communications et des transports en commun. Conçus à l’échelle de la région métropolitaine d’Istanbul, les projets du métro et du réseau Marmaray relieront bientôt les rives européenne et asiatique de la ville par un tunnel sous la mer de Marmara, à l’entrée du Bosphore.

Depuis 2004, le Musée archéologique d’Istanbul mène une campagne de fouilles sur le site de Yenikapı, à l’emplacement d’une des principales stations souterraines du réseau.

Sur 58.000 m², ces fouilles dévoilent, sous les strates récentes, les vestiges du port de Théodose, l’un des plus importants de la période byzantine. Fondé par Théodose (379 à 395), ce port fut actif jusqu’au VIIe siècle, avant d’être graduellement comblé par les alluvions du Lycos. Il fut définitivement abandonné au XIe siècle.

Les fouilles ont révélé un ensemble exceptionnel de trente-quatre épaves, datées du Ve siècle au XIe. L’une d’elles, datant des IXe-Xe siècles, est une embarcation longue de sept mètres, sans pont et à voile latine, chargée d’amphores demeurées intactes, d’un fourneau, d’un plat de cuisson, d’une cruche, d’un panier de noyaux de cerises ou de griottes, et de monnaies.

Les fouilles ont par ailleurs dévoilé les traces de bâti d’un village néolithique à 6,30 m de profondeur, avec, non loin de là, des fragments de poterie, des objets de pierre et de bois. Ces vestiges, contemporains de la « culture de Fikirtepe » et de la phase « Yarımburgaz 4 », déjà connues dans la région d’Istanbul, permettent de dater le site des années 6500-5500 av. J-C.

L’exposition est organisée dans le cadre de la Saison de la Turquie en France (juillet 2009 – mars 2010) par la Réunion des musées nationaux, le ministère des Affaires étrangères de la République de Turquie, le ministère de la Culture et du Tourisme de la République de Turquie / Direction générale du Patrimoine culturel et des Musées, IKSV (Fondation pour la culture et les arts d’Istanbul).

Avec le soutien d’Istanbul 2010, Capitale européenne de la culture.
Elle est placée sous le haut patronage de Monsieur Nicolas Sarkozy, Président de la République française et Monsieur Abdullah Gül, Président de la République de Turquie.

Ouverture :
tous les jours de 10h à 20h (sauf le mardi et le 25 déc.) nocturne le mercredi jusqu’à 22h

Prix d’entrée : 11 €, TR 8 € (13-25 ans, demandeurs d’emploi, familles nombreuses)

Accès : M° Champs-Élysées-Clemenceau

Audioguides : français, anglais, turc 5 € sur place ou 3 € en téléchargement sur www.rmn.fr
publications Rmn :

Catalogue de l’exposition : 384 pages, 450 illustrations, 49 €
album, 9 €
petit journal, 3,50 €
Les coloriages de l’art, Istanbul, 32 pages, 22 illustrations, 9,50 €

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