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Pour le président Gül, la Turquie doit changer avant d’entrer dans l’Europe 7 octobre 2009

Posted by Acturca in France, Turkey / Turquie, Turkey-EU / Turquie-UE.
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Le Figaro (France), 7 octobre 2009, p. 1

Propos recueillis à Ankara par Philippe Gélie

Le chef de l’État turc affirme, dans un entretien au Figaro , que « c’est à la Turquie elle-même qu’il appartient de se transformer » . Tout en minimisant le « malentendu » avec la France à propos de l’adhésion de son pays à l’Union européenne, il estime que « l’essentiel » est que la démocratie et l’économie de la Turquie soient « renforcées » par l’adoption des normes européennes. Le chef de l’État turc est attendu ce soir à Paris. Il doit inaugurer demain avec le président Nicolas Sarkozy l’exposition « De Byzance à Istanbul » au Grand Palais, dans le cadre de la Saison de la Turquie en France.

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Abdullah Gül : « C’est à la Turquie de se transformer » 

Pour le président turc, le processus de négociation avec l’UE est dissocié de la décision finale sur l’adhésion.

Le Figaro. – Vous arrivez aujourd’hui en France, le pays qui refuse le plus explicitement l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne : qu’avez-vous à dire au président Sarkozy à ce sujet ?

Abdullah Gül. – Je viens en France dans le cadre de la Saison de la Turquie : ce sont plus de 400 manifestations qui vont permettre au public français de mieux connaître l’art, la culture et le visage moderne de la Turquie. Bien entendu, je vais aussi m’entretenir avec le président Sarkozy et les principaux responsables français afin de faire évoluer les relations bilatérales. Il est normal que des pays aient des points de vue différents sur certains sujets, mais il ne faut pas oublier que nos relations sont profondément enracinées et reposent sur une convergence d’intérêts. Je ne vois aucun conflit d’intérêts entre nous.

Vos diplomates se plaignent pourtant de relations tendues ?

Je ne pense pas que ce terme soit approprié. Sur le terrain, notre coopération est très vaste. Nous sommes le 12 e client de la France et elle est notre 16 e fournisseur. La France exporte plus en Turquie qu’au Japon.

Est-ce à dire que la question européenne est secondaire ?

Je constate qu’il y a un malentendu sur ce sujet. Mais je ne souhaite pas trop m’y attarder. Pour moi, le processus de négociations avec l’UE vise à ce que la Turquie s’améliore et atteigne des normes européennes. C’est à nous qu’incombe ce travail. On peut y parvenir en ouvrant de nouveaux chapitres (de l’acquis communautaire, NDLR) ou sans cela. C’est à la Turquie elle-même qu’il appartient de se transformer. Quand nous adoptons les normes communautaires, cela renforce la démocratie et l’économie turques. Pour moi, c’est l’essentiel, et peu importe le scepticisme de certains.

Le rejet d’une partie de l’Europe ne complique-t-il pas les réformes ?

C’est le principal problème. Le processus est difficile à court terme, mais très bénéfique à long terme. Le jour où nous l’aurons achevé, la Turquie sera très différente de ce qu’elle est aujourd’hui. Peut-être alors cette Turquie-là surmontera-t-elle les doutes des Français et d’autres. Ou peut-être les Turcs ne voudront-ils plus de l’Europe, peut-être préféreront-ils la voie choisie par la Norvège…

D’Israël à l’Iran et à la Russie, vous essayez de mener une diplomatie indépendante : votre pays cherche-t-il un nouveau point d’ancrage hors de l’UE ?

Nous avons toujours essayé de contribuer à une résolution pacifique des problèmes dans notre région. Mais nous sommes un des plus anciens membres de l’Otan, nous avons quasiment toujours soutenu les déclarations de politique étrangère de l’UE… La Turquie reflète le soft power de l’Europe dans toute cette région.

Sur le dossier du nucléaire iranien, comment pouvez-vous contribuer à une solution diplomatique ?

Nous participons déjà au processus de négociations. Nous avons avec l’Iran un dialogue sincère, ouvert et honnête. Je suis le seul chef d’État parmi les alliés à dialoguer à tous les niveaux avec les Iraniens, y compris les leaders religieux.

Êtes-vous hostile à de nouvelles sanctions contre l’Iran ?

Nous sommes contre les armes nucléaires dans notre région. Nous avons toujours appliqué les résolutions de l’ONU, mais je pense que nous avons un rôle un peu différent en tant que voisins de l’Iran. Pour nous, il est essentiel que la solution soit diplomatique et pacifique.

Certains parlent, au sujet de l’AKP (1), de « post-islamisme » : votre parti a-t-il été transformé par sept ans de pouvoir ?

En tant que président, je dois respecter une scrupuleuse neutralité, même si je suis l’un des fondateurs de l’AKP. Cela dit, nous n’avons jamais envisagé de créer un parti islamiste. Un parti qui se réclamerait de la seule religion ne rendrait service ni à celle-ci ni au pays. Respecter la liberté religieuse et les valeurs morales, c’est un tout autre sujet : c’est le propre d’un parti conservateur. La religion est un choix personnel. La Turquie est un pays laïc qui respecte l’État de droit.

Vous vous êtes personnellement engagé en faveur de la réconciliation avec les Kurdes et de la normalisation avec l’Arménie : qu’est-ce qui vous pousse à aborder ces tabous de la société turque ?

Mes convictions démocratiques. Lorsqu’on élève les standards de la démocratie, tous les citoyens en bénéficient et les évolutions se font naturellement.

Au-delà des mesures déjà prises en faveur des droits civiques et culturels des citoyens kurdes, une amnistie est-elle envisageable pour mettre fin à la rébellion du PKK (2) ?

Ceux qui ont recours au terrorisme ne représentent pas nos citoyens d’origine kurde. Je ne vois aucune justification au terrorisme en Turquie. Mais la « loi du retour à la maison » permet déjà aux militants de déposer les armes et de rentrer chez eux, ce que beaucoup ont fait.

Le rétablissement des relations diplomatiques avec l’Arménie doit être signé le 10 octobre. Pour arriver à une normalisation complète et à l’ouverture de la frontière, êtes-vous prêt à aborder la question du génocide arménien ?

Nous souhaitons l’établissement d’une commission historique pour établir les faits.

Pour vous, ceux-ci ne sont pas établis ?

Non, bien sûr. Ces événements ont eu lieu il y a cent ans. Certes, il y a eu des souffrances tragiques et déplorables, mais des souffrances mutuelles. Si on ne tenait compte que des animosités passées, la France et l’Allemagne ne seraient pas alliées aujourd’hui. Notre objectif est la paix, la stabilité et la coopération dans toute cette région, pour l’avenir de nos enfants.

(1) Parti de la justice et du développement

(2) Parti des travailleurs du Kurdistan

Attendu à Paris ce soir, le président turc inaugure demain avec Nicolas Sarkozy l’exposition « De Byzance à Istanbul » au Grand Palais, dans le cadre de la Saison de la Turquie en France et dans un contexte de relations tendues entre les deux pays.

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