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La biennale d’Istanbul loue la vidéo 23 septembre 2009

Posted by Acturca in Art-Culture, Istanbul, Turkey / Turquie.
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Libération (France), 23 septembre 2009, p. 24

Vincent Noce, Envoyé spécial à Istanbul

La 11e édition met en avant des artistes d’Europe de l’Est et du Moyen-Orient.

Il n’y a plus rien, hormis une poignée de pensionnaires affublés de demi-masques tels qu’on ne les distingue pas du visage. Assis, immobiles et résignés, ils applaudissent, attendent un spectacle qui ne vient pas, et dont ils sont eux-mêmes les acteurs.

C’est une des œuvres les plus fortes présentées à la biennale d’art contemporain (jusqu’au 8 novembre) à Istanbul. Artiste bosniaque, vivant en Allemagne, Danica Dakic est retournée filmer à Pazaric, près de Sarajevo, un pensionnat pour enfants et adolescents handicapés mentaux fondé en 1949, qui se voulait une gloire du socialisme yougoslave.

Fer rouillé. Oubliés de tous, les résidents ayant survécu à la guerre de Bosnie sont restés. Ils sont vieux maintenant, ayant passé toute leur vie confinés dans cette maison. Isola Bella est le titre de cette vidéo, repris d’un papier peint ancien qui représente une île du paradis. Cette artiste de 47 ans s’inspire ainsi des motifs de papiers peints du XIXe siècle pour monter des récits avec des groupes marginalisés.

Toutes les œuvres présentées à Istanbul n’atteignent pas cette force. Peintures post-Bacon de corps déformés, dessins enfantins, répétitions : nombre de créateurs peinent à trouver une voix originale.

La crise est là. La biennale vit de la générosité d’une des grandes fortunes éclairées de Turquie, la famille Koç. Organisée il y a deux ans dans des palais et des monuments historiques à travers la ville, elle a dû cette fois se replier sur deux hangars. Béton brut et fer rouillé. Furieusement contemporain. Ainsi qu’une école mourante.

Et pourtant, la manifestation est traversée d’une énergie vitale qui force l’empathie. Nulle trace de star débarquée d’un lointain New York, mais des jeunes venus de Russie, voire de Syrie. Les deux tiers d’Europe de l’Est ou du Moyen-Orient ; la moitié de femmes ; un sur deux a moins de 40 ans. Le contraste est flagrant avec la lamentable triennale qui nous a été larguée au Grand Palais, avec des moyens autrement plus considérables.

Agit-prop. Quatre femmes, d’un collectif artistique de Zagreb, ont été choisies pour assurer le commissariat de cette onzième édition sur les rives du Bosphore. Elles l’ont placée sous l’égide de Bertolt Brecht. L’agit-prop à la commande. La guerre, toutes les guerres du coin, en toile de fond. Rare tentative d’en rire, une Internationale Erroriste (sic) a monté un cabaret. Faire l’éloge de l’erreur ne semble pas une mauvaise proposition. Mais dans l’ensemble, ça ne rigole pas.

La vidéo est le médium omniprésent. Pour des raisons économiques, sans doute : on n’a pratiquement pas vu d’installations ou d’œuvres monumentales, qui nécessitent des investissements importants. Mais aussi parce que la caméra est le moyen évident de la contestation. Seulement, il faut passer le stade du documentaire. L’interview d’un soldat qui avoue nonchalamment ses meurtres, même dérangeante, même non montée, reste une interview. L’art a besoin de décalage, d’échappée et de surprise.

Il y a dans cet ensemble mouvant une part de naïveté, qui fait une arme peu affûtée, surtout quand on se débat à la marge des puissants. Mais il bouge, et cela, c’est formidable.

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