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Sablé célèbre la fascination de l’Europe baroque pour Istanbul 27 août 2009

Posted by Acturca in Art-Culture, France, Istanbul, Turkey / Turquie.
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Le Monde (France), 27 août 2009, p. 21

Renaud Machart

 » Müsennâ  » confronte les traditions musicales et chorégraphiques d’Orient et d’Occident

Sablé-sur-Sarthe est une petite ville surtout connue parce qu’elle jouxte Solesmes et sa fameuse abbaye, que l’actuel premier ministre, François Fillon, en fut le maire pendant dix-huit ans et qu’un festival de musique baroque d’importance s’y organise depuis trente et un ans chaque été.

Mais Sablé n’est pas qu’un festival de musique, car Jean-Bernard Meunier, son directeur, a eu l’heureuse idée d’en faire un terrain de rencontre avec la danse – baroque, il va de soi. La compagnie l’Eventail de Marie-Geneviève Massé est d’ailleurs en résidence à Sablé depuis 2001, dans le cadre d’une scène conventionnée musiques et danses anciennes. Quand on sait la place de la danse à l’époque baroque (Louis XIV dansait et l’honnête homme plaçait la discipline au rang de ses obligations) et ses liens consubstantiels avec la musique, cette décision paraît frappée au coin du bon sens, même si elle n’est pas si partagée qu’on pourrait le croire.

D’ailleurs, le Festival semble cette année pris dans le tourbillon du discours chorégraphique, du spectacle d’ouverture, le 24 août, Müsennâ, sous la direction de la chanteuse et musicologue turque Chimène Seymen, présenté dans le cadre de la Saison de la Turquie en France, à celui de Marie-Geneviève Massé, qui clôturera la manifestation, le 29 août.

Müsennâ est le nom donné à l’écriture  » en miroir  » de la calligraphie turque au XVIIe siècle. Car il est question, en ce réjouissant spectacle, étrenné au centre culturel Joël-Le-Theule, d’une confrontation en miroir des traditions musicales et chorégraphiques occidentales et orientales, sous la bannière de  » fêtes et divertissements à Istanbul au XVIIe siècle « .

Chimène Seymen (native d’Izmir, mais installée en France depuis de nombreuses années), est spécialiste de ces questions transculturelles entre musiques ottomanes et européennes, mais elle n’a pas hésité à mettre sa recherche scientifique au service d’une fiction spectaculaire qui s’appuie sur des documents historiques – musicaux, chorégraphiques et littéraires – tout en inventant sa part de rêve.

Avec Cécile Roussat et Julien Lubek, deux artistes passionnants formés aux disciplines les plus variées (clown, mime, théâtre, danse contemporaine et baroque, etc.), elle a assemblé un pasticcio (réunion d’éléments de provenances diverses), qui ravive le goût frénétique qu’eurent, au début du XVIIe siècle, les cours occidentales pour la Méditerranée de l’Est et, plus particulièrement, pour Byzance, devenue Constantinople puis, en 1930, Istanbul.

Nobles, savants, diplomates, facteurs d’orgue et marchands rapportent des témoignages de leur voyage jusqu’à la  » Sublime Porte  » d’autant plus ébaubis que la cour ottomane fait alors tout pour rivaliser avec les cours européennes. D’où ce chassé-croisé fascinant, dont ce spectacle malin et farceur se fait l’écho kaléidoscopique, cadré par une narration de textes pittoresques (incarnée par Julien Lubek, déclamation et gestuelle baroques ad hoc) et un adroit fil musical.

A main gauche, un ensemble d’instruments anciens occidentaux (La Turchescha) ; à main droite, sa contrepartie turque (Cevher-i Musiki). Chacun prélude, joue, parfois ensemble, et accompagne tour à tour les chanteurs Chimène Seymen et Tolga Meriç dans leurs répertoires respectifs (à l’occasion, les rôles s’inversent ou s’allient). La troupe sur scène réinvente avec brio ces joutes magnifiques que durent être les fêtes et bals organisés à la cour et dans les ambassades de la ville.

Ce spectacle (1 h 45 environ), où se mêlent mimes, danseurs, acteurs, chanteurs, marionnettes, ombres chinoises, masques, est un enchantement. Ceux qui, contrairement au vaste public présent et au ministre de la culture, Frédéric Mitterrand, qui en avait fait une étape de ses pérégrinations estivales, auront raté la création de Müsennâ, le verront sûrement au cours de la tournée qui baladera le spectacle de Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne), le 4 octobre, au Théâtre des Bouffes du Nord, à Paris, le 29 mars 2010.

Müsennâ, un spectacle de Chimène Seymen, Cécile Roussat et Julien Lubek, Centre Joël le Theule, Sablé-sur-Sarthe (Sarthe), dans le cadre du 31e Festival de Sablé. Jusqu’au 29 août. Tél. : 02-43-62-22-22. sable-culture.fr

Dates de la tournée sur : saisondelaturquie.fr

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