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En Turquie, le procès du réseau  » Ergenekon  » s’ouvre dans une atmosphère électrique 22 octobre 2008

Posted by Acturca in Turkey / Turquie.
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Le Monde (France), 22 octobre 2008, p. 9

Guillaume Perrier

Accusés d’avoir préparé un coup d’Etat contre le gouvernement, 86 ex-militaires et civils comparaissent devant la cour transférée dans la prison de Silivri, près d’Istanbul

Les traîtres sont au Parlement et les patriotes en prison.  » Rassemblées devant la prison de Silivri, près d’Istanbul, des associations nationalistes sont venues protester contre le procès du réseau Ergenekon, qui s’est ouvert lundi 20 octobre, dans une atmosphère électrique. Ergenekon, la vallée mythique, fondatrice du peuple turc, a pris la forme d' » une pieuvre géante au sein de l’Etat « , selon le quotidien conservateur Zaman. Elle regrouperait, outre trois généraux à la retraite et d’ex-officiers de l’armée, des avocats, des journalistes, des membres de la mafia, un recteur d’université et le leader d’un parti nationaliste…

Quatre-vingt-six prévenus comparaissent devant la cour transférée dans la prison. Cette organisation clandestine, dont l’existence a été révélée dès les années 1990, est accusée d’avoir préparé le terrain à un coup d’Etat contre le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan, prévu pour 2009, en déstabilisant le pays à coups d’attentats, d’assassinats et de manifestations de masse.

L’affaire Ergenekon a éclaté en 2007, avec la découverte d’un stock d’armes et d’explosifs à Istanbul et l’arrestation d’anciens militaires. Le procureur fait le lien avec l’attaque du Conseil d’Etat en 2006, au cours de laquelle un juge avait été abattu par un avocat prétendument islamiste. La Turquie voit alors resurgir  » l’Etat profond « , avec l’espoir, cette fois, qu’il disparaisse. Ce groupe militaro-mafieux, qui agit dans l’ombre de l’Etat depuis une trentaine d’années, a été impliqué dans la lutte anticommuniste menée de front dans les pays de l’OTAN.

Reconverti dans la contre-guérilla, il s’est rendu coupable de nombreuses exactions dans le Sud-Est, à majorité kurde. Plusieurs assassinats inexpliqués d’intellectuels ou de responsables politiques portent sa marque, selon l’enquête du journaliste Can Dündar sur  » l’avant Ergenekon « .

Le phénomène était déjà apparu au grand jour avec le scandale de Susurluk, en 1996 : dans la carcasse d’une Mercedes accidentée, on retrouvait un ancien chef de la police d’Istanbul, un député d’Urfa, le leader des  » Loups gris « , recherché pour meurtre et trafic de drogue, et un top model. Le nom du général Veli Küçük apparaissait déjà. Il se retrouve aujourd’hui tout en haut de l’acte d’accusation.

Mais à peine ouvert, le procès Ergenekon est déjà contesté. Par les accusés, qui dénonçaient, lundi,  » une comédie  » ou  » un procès politique « . Le président du parti kémaliste (Parti républicain du peuple), Deniz Baykal, s’est proclamé  » avocat d’Ergenekon « . Certaines des dernières arrestations sont jugées abusives et le procureur Zekeriya Öz,  » peu expérimenté « . Les rumeurs se sont multipliées dans la presse, faisant perdre au dossier une part de sa crédibilité. Le parti de la Justice et du Développement (AKP) aurait également profité de cette série de coups de filet pour régler ses comptes avec d’anciens adversaires politiques.

La procédure, trop lourde, pourrait aussi diluer les responsabilités. Et échouer dans sa tentative de démanteler l’organisation. Quel rôle a joué Dogu Perinçek, leader du Parti des travailleurs, connu pour ses diatribes négationnistes contre le génocide arménien ? Beaucoup redoutent que les cerveaux militaires du gang n’échappent à cette  » opération mains propres  » à la turque.  » Le problème sera de monter plus haut dans la hiérarchie de l’armée, estime Ümit Kardas, ancien juge militaire à Diyarbakir. Aucun officier en activité n’a été inquiété. Y a-t-il un marchandage avec le gouvernement ? Sans doute.  » La discrète visite, cet été, d’un émissaire du chef de l’état major aux deux ex-généraux placés en détention provisoire a amplifié la suspicion.

Plusieurs affaires troubles semblent également avoir été  » oubliées  » par l’acte d’accusation. L’assassinat de Hrant Dink, journaliste d’origine arménienne, en 2007, celui du Père Santoro, un an plus tôt, ou encore le massacre de trois chrétiens à Malatya sont absents du dossier.  » On voit pourtant la même structure derrière ces faits, note Ümit Kardas. La même idéologie. « 

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