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En Turquie, sur les bords de la mer Égée, l’agora antique de Smyrne livre ses secrets 21 janvier 2008

Posted by Acturca in History / Histoire, Turkey / Turquie.
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Le Figaro (France), 19 janvier 2008, p. 14

Caroline De Malet, De notre envoyée spéciale à Izmir (Turquie)

Des fouilles, reprises en 2003, ont permis de mettre au grand jour la vie d’une des cités les plus rayonnantes de l’Antiquité.

Sous le portique ouest, l’inscription «  La perle de l’Asie  » signale l’entrée. Une fois franchi ce seuil, le visiteur découvre un site antique exceptionnel, celui de l’agora de la Smyrne antique, celle qui a été, depuis, rebaptisée Izmir la Turque. Ce qui frappe de prime abord, c’est la dimension du site. Ce vaste ensemble de forme rectangulaire, de 160 × 120 mètres, bordé d’un vaste portique à l’ouest et d’une imposante basilique au nord – la plus grande de l’Empire romain, après celle de Trajan à Rome – correspond au centre commercial, politique, juridique et religieux d’une des cités antiques qui a compté parmi les plus influentes d’Asie mineure avec Troie.

« Ce sont des bâtiments romains, reconstruits en partie sur des bâtiments hellénistiques  », explique Markus Kohl, archéologue à l’Institut français d’études anatoliennes (IEFA) et responsable des fouilles françaises du site. Enfoui sous les constructions urbaines, 200 mètres en contrebas, se trouve le deuxième plus grand théâtre antique connu, après celui de Pompée à Rome, avec 150 mètres de diamètre. Au sommet de la colline qui surplombe l’agora, l’acropole embrasse le tout.

Dégagé par des fouilles entreprises dans les années 1930, ce site archéologique connaît une seconde vie avec des découvertes récentes. « Depuis quelques années, on redécouvre que Smyrne a été l’un des centres les plus brillants de l’Antiquité. Les historiens le savaient à travers les écrits, mais on n’en avait aucune preuve réelle », explique Didier Laroche, ancien responsable des fouilles du site, désormais professeur à Strasbourg.

Dans la partie souterraine de la basilique qui servait de salle polyvalente, une dizaine de milliers de graffitis antiques ont été découverts en 2003. Ils ont été dessinés au charbon. On y voit des bateaux, des oiseaux et d’autres animaux, des gladiateurs, des organes génitaux (invocations à la fertilité), des messages d’amour codés (le nom et le prénom étant remplacés par des chiffres, comme cela s’est déjà vu en Égypte)… Cette collection, dont on pense qu’elle date du II e ou III e  siècle après J.-C., est la deuxième au monde après Pompéi. Sachant qu’il faut deux à trois semaines de travail par panneau, le nettoyage des 96 panneaux va prendre des années.

Fondée par les Amazones

Les archéologues s’interrogent sur l’utilisation qui était faite de ce lieu, une salle composée de deux nefs : «  Était-ce une prison, une école de gladiateurs ? », lance Didier Laroche. La question n’est pas tranchée. Une autre interrogation concerne la période byzantine de la cité : les historiens pensent qu’entre le VI e et le XVII e  siècle, le site de l’agora était un cimetière.

Fondée en 3000 avant J.-C. par les Amazones, Smyrne, après avoir été envahie par le roi Alyatte de Lydie puis par les Perses au VI e  siècle avant J.-C., a en effet perdu de son importance au cours de la période classique (V e et IV e  siècle avant J.-C.). Alexandre Le Grand entreprendra de refonder la ville en 300 ans avant J.-C., à la suite d’une apparition de Némésis, la déesse tutélaire de Smyrne, raconte la légende. Détruite par un tremblement de terre en 178, elle sera ensuite reconstruite par l’empereur romain Marc-Aurèle, avant de péricliter.

Pour reconstituer l’histoire plus récente, Markus Kohl a procédé à une stratigraphie (coupe verticale) du sol, à l’est, sur quatre mètres de haut et 30 mètres de long. «  On a montré ainsi qu’on a déversé sur ce site des décombres de la ville résultant de destructions ou de tremblements de terre, ce qui confirme qu’il a été à l’abandon pendant dix siècles », juge Didier Laroche. «  Les détritus de la ville déversés ici montrent qu’elle a abrité de riches Smyrniotes – comme en témoignent des débris de porcelaine chinoise, des narguilés – des Grecs, et a connu de nombreux échanges commerciaux  », ajoute Markus Kohl.

À l’est et au sud, des constructions modernes recouvrent toujours le site. Le théâtre antique, lui, est toujours enfoui. D’où l’initiative de la ville de racheter peu à peu les terrains, pour en faire une zone archéologique et touristique. Il faudra donc encore patienter quelques années pour que la belle Smyrne livre tous ses secrets.

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