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Abkhazie, Ossétie du Sud. Cruelle démographie 18 janvier 2007

Posted by Acturca in Caucasus / Caucase, Russia / Russie.
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Courrier international, no. 846, En couverture, jeudi 18 janvier 2007, p. 34
Nulle part : Enquête sur les Etats fantômes

Nicu Popescu*, Kommersant (Moscou)

Pour les deux peuples de Géorgie, l’indépendance ou la sécession est une question de survie.

Dans le Caucase du Sud, la situation se dégrade. Les conflits sont loin d’être gelés. Ce qui est bloqué, ce sont les processus de règlement des conflits. On considère souvent ces affrontements comme faisant partie de combats géopolitiques plus vastes, et on laisse de côté leur logique interne. Le problème crucial, en Abkhazie comme en Ossétie du Sud, est d’ordre démographique. C’est le sentiment que la population est ethniquement menacée qui sous-tend les poussées séparatistes de ces entités. Lors du dernier recensement soviétique, celui de 1989, l’Abkhazie comptait environ 500 000 habitants. Ils ne seraient aujourd’hui qu’un peu plus de 200 000 : un tiers d’Abkhazes, un tiers d’Arméniens et un petit tiers de Géorgiens (surtout concentrés dans le secteur de Gali).

En Ossétie, la situation démographique est encore plus complexe. Avant la guerre, l’Ossétie abritait environ 100 000 personnes. On n’y trouverait plus désormais que 35 000 à 40 000 Ossètes et 20 000 à 22 000 Géorgiens. En fait, personne ne connaît les chiffres réels. En outre, l’exode se poursuit. Selon Vakhtang Djikaev, conseiller du président d’Ossétie du Sud, « en sortant du lycée, un jeune a deux solutions : soit il entre dans l’administration, soit il part pour l’Ossétie du Nord [république de la Fédération de Russie]. Ceux qui veulent travailler doivent émigrer. »

Pareille chute de la population limite les possibilités de développement des républiques non reconnues. Pour que l’Abkhazie redevienne un jour un grand centre touristique ou un point de passage par lequel la Russie pourrait commercer avec le sud du Caucase, l’Iran et la Turquie, il faudra du monde. Or, les Abkhazes sont déjà une minorité et, si quelque chose est entrepris pour accroître la population, ils verront forcément diminuer leur part dans le total. A terme, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud seront contraintes de choisir entre l’assimilation à d’autres peuples de la Fédération de Russie et la création d’un Etat décentralisé avec la Géorgie. Il est impossible, dans une telle région, que de si petites entités conservent une totale indépendance.

Jusqu’à présent, l' »exception ethnique » était à la base de la volonté séparatiste de celles-ci. Elles avaient défini leur démarche comme étant avant tout une lutte contre les Géorgiens. L’Abkhazie ne s’est prise en charge qu’après le départ de plus de 200 000 Géorgiens craignant pour leur sécurité. La volonté séparatiste de l’Ossétie du Sud signifiait elle aussi une exclusion de la population géorgienne. Finalement, deux régimes ethnocratiques se sont mis en place : ils représentent un peuple, mais pas l’ensemble de la population de ces territoires.

C’est surtout en Abkhazie que l’on ressent la domination d’un groupe unique, car même les Arméniens et les Russes qui vivent sur place et soutiennent l’indépendance sont presque totalement absents de l’administration. Ainsi, les Abkhazes sont devenus la « minorité dominante ». Malgré un certain pluralisme politique et de vrais éléments de démocratie, ce caractère ethnocratique gâche les arguments de la république d’Abkhazie en faveur de son autodétermination.

La volonté des Abkhazes d’obtenir leur indépendance les dresse certes contre les Géorgiens, mais rend ambiguës leurs relations avec la Russie. D’ailleurs, les objectifs de l’Abkhazie et de la Russie sont très différents. Pour l’Abkhazie, c’est l’indépendance ; la Russie, elle, désire renforcer son influence dans le Caucase du Sud. En Abkhazie comme en Ossétie du Sud, on a des doutes quant aux motivations géopolitiques réelles de la Russie, qui pourrait bien, si cela est nécessaire pour accroître son influence, s’entendre avec la Géorgie aux dépens des républiques autoproclamées.

La tentation de s’intégrer dans la Fédération de Russie

La méfiance abkhaze est encore renforcée par la crainte de l’avenir démographique. Il est facile de voir qu’au sein de la Fédération de Russie [à peu près 140 millions d’habitants] les quelques dizaines de milliers d’Abkhazes ne pourraient que se dissoudre rapidement. Le problème des cousins d’Adyguée, territoire autonome enclavé que l’on veut unir à la région de Krasnodar, a marqué les esprits. En Abkhazie, on estime que, pour préserver les Abkhazes en tant que groupe ethnique, la république « a besoin de son indépendance, mais sans intégration à la Fédération de Russie ». On aime aussi à souligner qu’il ne s’agit pas de devenir un morceau de Russie, que le but est d’établir des « relations d’association » sans être « membre associé ».

A l’inverse, le souci de faire perdurer leur nation pousse les Ossètes du Sud à une plus grande fusion avec la Russie. Pour eux, l’union avec la Fédération signifierait une union avec l’Ossétie du Nord, démarche considérée comme seule à même d’assurer la préservation des Ossètes.

Ce que veulent surtout l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud, c’est une reconnaissance internationale de leur indépendance. Elles disposent de deux arguments de poids. Le premier est qu’elles sont déjà des Etats de facto, c’est-à-dire qu’elles correspondent totalement aux critères fondamentaux définissant un Etat tels qu’énumérés dans la convention de Montevideo (1933). Il ne leur manque qu’une reconnaissance internationale. Toutefois, la création d’administrations progéorgiennes dans les gorges de Kodori (en Abkhazie, à la frontière avec la Géorgie) et en Ossétie du Sud ainsi que le « référendum alternatif » en Ossétie du Sud viennent mettre à mal ces assertions. On se retrouve ainsi avec deux gouvernements non reconnus dans chaque entité, mais aussi avec des frontières indéterminées et une population divisée. Le second argument en faveur d’une reconnaissance est le précédent du Kosovo. Cependant, le désir de l’Ossétie du Sud d’adhérer à la Fédération de Russie fausse le parallèle : il n’a jamais été question que le Kosovo rejoigne l’Albanie. Le séparatisme est une chose, l’irrédentisme en est une autre. De plus, la Russie n’est sans doute pas favorable à l’idée que la voie vers une éventuelle indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud passe par l’instauration de protectorats de l’ONU et l’envoi de forces internationales de maintien de la paix, comme au Kosovo. En conclusion, l’avenir de la région est tout aussi incertain que durant toute la dernière décennie. La glace se fissure, mais le printemps caucasien est encore loin.

* Membre du Centre d’études politiques européennes, à Bruxelles.

Encadré(s) :

Ossétie du Sud

Chronologie, Courrier international

Superficie : 3 900 km2 Pop. 1989 : 99 400, dont 66 % d’Ossètes et 29 % de Géorgiens Pop. 2006 : 82 000, dont 71 % d’Ossètes et 27 % de Géorgiens

1990

L’Ossétie du Sud s’autoproclame République autonome au sein de l’Union soviétique (indépendante de la Géorgie).

1990-1992

Le conflit entre les Ossètes du Sud et les Géorgiens, fait 4 000 morts et 60 000 déplacés.

1992

Cessez-le-feu et déploiement d’une force collective de paix russo-osséto-géorgienne.

Premier référendum sur l’indépendance.

2006

Second référendum sur l’indépendance.

Abkhazie

Chronologie, Courrier international

Superficie : 8 600 km2

Pop. 1989 : 550 000, dont 17 % d’Abkhazes, 48 % de Géorgiens

Popu. 2006 : environ 200 000, dont 45 % d’Abkhazes, 25 % de Géorgiens.

1992

Les Abkhazes, habitants de l’autre région autonome de Géorgie, proclament leur indépendance. L’intervention à Soukhoumi des troupes du ministère de l’Intérieur géorgien déclenche un nouveau conflit armé.

1992-1994

Le conflit abkhazo-géorgien, fait 10 000 morts et 250 000 déplacés, pour la plupart d’origine géorgienne.

1994

Cessez-le-feu, déploiement de la Mission d’observation des Nations unies en Géorgie (MONUG) et des forces russes de maintien de la paix sous l’égide de la CEI.

2006

Regain de tension après l’intervention des forces géorgiennes dans la vallée de Kodori.

Commentaires»

1. lala - 23 avril 2011

depuis soixante ans ( depuis la création des Nations Unies au sens d’après guerre si vous préférez) on a vu le nombre de pays indépendants passer d’une quarantaine à plus de cent et ça continue, quelques soient les bonnes raisons de l’Ossétie et de l’Abkazie de réclamer leur indépendance je voudrais savoir comment ils réussiront a la concrétiser ( service diplomatique, armée etc ) alors que les pays de deux ou trois millions d’habitants peinent à le faire


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