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Turquie et relance européenne : divergences entre Royal, DSK et Fabius 14 novembre 2006

Posted by Acturca in EU / UE, France, Turkey-EU / Turquie-UE.
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La Nouvelle République du Centre-Ouest (France)

mercredi 8 novembre 2006, p. V

Des divergences, exprimées très courtoisement, sont apparues hier soir, lors de leur ultime débat télévisé, surtout entre Laurent Fabius et Ségolène Royal d’un côté et Dominique Strauss-Kahn de l’autre, sur les moyens de relancer la construction européenne et les frontières de l’Union.

Les trois prétendants à l’investiture du PS pour la présidentielle de 2007 avaient pris place pour une dernière fois derrière les pupitres de bois clair, devant les deux journalistes Émilie Aubry (La chaîne parlementaire) et Emmanuel Kessler (Public Sénat), dans un studio de Saint-Cloud.

Enfonçant le clou de son « non » au référendum sur la Constitution européenne, Laurent Fabius s’est déclaré « pour l’Europe par la gauche », détournant la formule de Ségolène Royal qui veut « une Europe par la preuve ». « Si les Français ont voté non, c’est parce qu’ils veulent une Europe différente », a-t-il dit.

Comme on lui objectait que « le plan B » évoqué par les tenants du non n’avait jamais vu le jour, l’ex-Premier ministre a rétorqué que « le plan B, c’est le projet socialiste » : révision des statuts de la Banque centrale européenne, traité social, directive-cadre sur les services publics, traité strictement constitutionnel…

Ségolène Royal a donné la priorité à « un grand projet européen qui touche la vie quotidienne des Français ». Il faut par exemple que l’Europe « réussisse à lutter contre le chômage en luttant contre les délocalisations », en « se protégeant davantage à ses frontières », a-t-elle dit.

S’agissant d’un nouveau traité constitutionnel, elle a affirmé que, ce travail une fois accompli, « nous aurons, dans un texte court, à dire qui décide, comment on décide et avec quelles institutions ».

Dominique Strauss-Kahn a privilégié la relance du « couple franco-allemand » pour relancer l’Europe. « Le vrai risque est une divergence entre les Français et les Allemands qui, si elle s’approfondissait, mettrait toute l’Europe par terre », a affirmé l’ancien ministre.

A propos de l’éventuelle entrée de la Turquie dans l’Union européenne, Dominique Strauss-Kahn a estimé qu’il ne « faut évidemment pas suspendre » les négociations d’adhésion de la Turquie à l’Union, tout en soulignant qu’Ankara était « très loin de remplir les conditions aujourd’hui ». Laurent Fabius a redit son hostilité, prônant « un partenariat privilégié », Ségolène Royal jugeant qu’il fallait « bien faire fonctionner l’Europe avant de l’élargir ».

Elle a préconisé « une pause » dans l’extension de l’Europe à de nouveaux pays, dont la Turquie, rappelant que l’intégration d’Ankara se fera après référendum. « Comme j’ai eu l’occasion de le dire sous un certain nombre de quolibets, l’avis du chef de l’État sera alors l’avis du peuple français », a-t-elle lancé.

Illustration(s) :

Laurent Fabius et Ségolène Royal faisant assaut de courtoisie lors de l’ultime débat télévisé avant le scrutin du 16 novembre.

Trois visions des affaires étrangères

Libération (France), no. 7932, mercredi 8 novembre 2006, p. 3, 5

Nathalie Dubois, Jean-Dominique Merchet, Paul Quinio, Pascal Virot

L’entrée de la Turquie dans l’UE, le nucléaire iranien, ont fait émerger des divergences. Les trois prétendants à l’investiture socialiste, Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius et Ségolène Royal, se sont retrouvés hier soir pour un troisième et dernier débat télévisé, plutôt sage et apaisé, consacré aux questions internationales, européennes, et à l’environnement. Tour d’horizon.

Quelle politique extérieure pour la France ?

En introduction, les trois concurrents sont invités à brosser le tableau général de la politique extérieure qu’ils mettraient en oeuvre s’ils entraient à l’Elysée. Rêvant d’un «monde de paix et de justice», Dominique Strauss-Kahn constate que «la réalité est celle d’un monde plus dangereux qu’il n’était hier», avec «les risques de guerre nucléaire», le «terrorisme» et les «conséquences de la mondialisation».«La mondialisation des profits entraîne la mondialisation des conflits», en particulier sur l’environnement, explique DSK. Il convient que «la France pèse» dans les affaires mondiales, et pour peser «elle a besoin de l’Europe».

Laurent Fabius «complète» aussitôt son «collègue […] Dominique», soupçonné d’être proaméricain, en insistant sur «le rôle de l’hyperpuissance américaine» et «le déséquilibre massif créé par l’unilatéralisme» des Etats-Unis. Comme DSK, l’ancien Premier ministre s’affirme écologiste : «Le péril écologiste est la première arme de destruction massive.»

Ségolène Royal reprend le mot d’ordre altermondialiste en affirmant qu’«un autre monde est possible» et décline sa formule désormais célèbre en plaidant pour «un ordre international juste». Sa politique extérieure serait basée sur le respect de «valeurs» : «L’exigence de vérité», la «sécurité», avec «l’utopie de régler le conflit du Proche-Orient» et la «lutte contre les inégalités».

Comment relancer l’Europe ?

Alors que l’Europe fut un sujet de divorce au sein du PS à l’occasion du débat sur la Constitution européenne, la nécessité de la relancer fait désormais consensus. Pour Laurent Fabius, partisan du non lors du référendum, «le plan B, c’est le projet socialiste», à savoir un traité social avec des critères de convergence sociale, une révision des statuts de la Banque centrale européenne (BCE) et des critères de Maastricht, mais aussi une directive-cadre sur les services publics et une meilleure protection commerciale des Européens. «Ma première mission, dit l’ancien Premier ministre, sera de respecter le vote des Français» du 29 mai 2005. Il reste toutefois fort évasif sur la façon dont la France amènerait ses partenaires à écrire un nouveau traité plus à son goût.

Reprenant les grandes lignes du programme européen qu’elle avait esquissé le 11 octobre lors d’une conférence de presse à l’Assemblée nationale, Ségolène Royal propose, elle, de «reconstruire l’Europe par la preuve», grâce à «des projets qui touchent la vie quotidienne des Français». Ses priorités : la lutte contre le chômage et les délocalisations, un investissement massif dans la recherche, de sorte que l’Europe puisse «faire revenir les 200 000 chercheurs qui travaillent aux Etats-Unis». Plaidant pour un nouveau traité institutionnel, «un texte court disant qui décide et comment», la présidente de la région Poitou-Charentes soutient qu’un tel texte passera d’autant mieux l’épreuve d’un nouveau référendum en France «que l’Europe aura fait ses preuves».

Dominique Strauss-Kahn «ne diverge pas sur le fond, mais sur la méthode» pour esquisser le contenu de cette nouvelle Europe de gauche. En grand germanophile, l’ancien ministre de l’Economie préconise de «retrouver le couple franco-allemand» et suggère «de tout remettre à plat» pour définir «quelle Europe on veut».

Laurent Fabius intervient alors pour pointer «une différence de fond» avec DSK, soulignant que les Français en mai 2005 ont voté pour «une Europe différente». «Il faut travailler avec les Allemands, mais il faut que le président de la République respecte la volonté des Français», assène le député de Seine-Maritime.

L’Union européenne doit-elle accueillir la Turquie ?

Comme il l’avait fait lors de la campagne référendaire, Laurent Fabius reprend son schéma d’une Europe en cercles. Le premier, constitué des pays de la zone euro, qui doivent «travailler plus ensemble». Les Etats situés hors zone euro, comme la Grande-Bretagne ou la Pologne, constituent un second cercle. Quant aux pays situés «à la périphérie de l’Europe», comme ceux du Maghreb, l’Ukraine et la Turquie, ils ne doivent pas «entrer dans le processus de décision» européen. «Ce serait une erreur», insiste Fabius, qui se contente d’offrir à la Turquie «un partenariat privilégié» avec l’UE.

Raillée pour avoir expliqué il y a trois semaines que, sur l’adhésion d’Ankara, son «avis sera celui des Français», Ségolène Royal tient à s’expliquer. Elle rappelle que les Français se prononceront par référendum sur l’entrée de la Turquie dans l’UE. «L’Etat n’a qu’une parole, il ne faut pas interrompre les discussions» avec ce pays. Puis la députée des Deux-Sèvres balaie «les quolibets» qu’avaient suscités ses propos. Pour autant, Ségolène Royal juge que «les conditions de l’adhésion de la Turquie ne sont pas remplies». Si elles le sont, «dans dix, quinze ans», le rôle du président de la République «sera d’expliquer aux Français» qu’Ankara est apte à entrer dans l’UE .

Même diagnostic chez DSK : «Les Turcs sont très loin de remplir les conditions.» Mais, ajoute-t-il, «il ne faut pas suspendre» les négociations. Il propose aussi un élargissement de l’UE vers le Sud : «Si l’Europe est une force capable de s’opposer aux grandes puissances, pacifiquement, c’est parce qu’elle aura pris conscience de son creuset méditerranéen.» Fabius saute sur l’occasion pour faire part de son désaccord et dénoncer une «confusion» : «L’Europe de Dominique, c’est une Europe à 50 pays. Il n’y aura aucune intégration, ce sera l’Europe du libre-échange.»«Il n’y a confusion que si on l’introduit, je n’ai jamais parlé d’une Europe à 50 !» rétorque sèchement DSK. Il explique qu’il regarde les choses «à quarante ou cinquante ans» afin d’ouvrir des «perspectives méditerranéennes».

Quelle paix au Proche-Orient ?

«Faut-il parler avec les islamistes palestiniens du Hamas ?» Ségolène Royal le pense, car «il faut parler avec tout le monde». L’urgence est de «reprendre les aides aux Palestiniens». Pour DSK, «il faut que l’aide aux populations palestiniennes soit augmentée». Laurent Fabius est plus tranché : «Il faut discuter avec tout le monde, mais comme président de la République je ne recevrai pas les dirigeants du Hamas tant qu’il n’y aura pas eu de reconnaissance d’Israël.» Un rien donneur de leçons, il estime que DSK a été trop «rapide» et plaide pour un Etat palestinien «économiquement et humainement viable».

Sur le Liban, Ségolène Royal rend hommage au «courage des Casques bleus français», qu’elle maintiendrait dans le sud du pays. DSK est plus critique, dénonçant la «personnalisation» de la politique actuelle, il estime qu’il «faut pouvoir parler avec la Syrie alors que Jacques Chirac le refuse en raison de ses liens avec Hariri», l’ancien Premier ministre libanais que la Syrie est soupçonnée d’avoir fait assassiner lors d’un attentat. Même avis de Laurent Fabius.

L’Iran peut-il avoir accès au nucléaire civil ?

Sur le dossier iranien, les différences s’affirment : «Beaucoup plus prudente» que ses deux adversaires, Ségolène Royal exprime une réserve d’ensemble face au développement du nucléaire en Iran, qu’il soit civil ou militaire. Tant Laurent Fabius que Dominique Strauss-Kahn considèrent, eux, que le traité de non-prolifération, auquel a souscrit Téhéran, donne le droit à ce pays de se doter d’une industrie nucléaire civile. Quant aux sanctions, DSK souligne qu’elles «n’ont de sens que si elles sont suivies par tout le monde, notamment par les Russes et les Chinois». Pour Fabius, celles-ci «doivent cibler les dirigeants» et les «taper au portefeuille». Le député de Seine-Maritime se distingue enfin de ses deux rivaux en excluant, s’il était élu à l’Elysée, de «recevoir un président qui préconise la destruction de l’Etat d’Israël».

Quelles relations avec les Etats-Unis ?

Sur ce point, les trois postulants affichent haut et fort leur consensus. Ils refusent «une politique suiviste, comme celle de Tony Blair, ni une politique d’opposition systématique», (dixit DSK) ou d’être «le caniche de M. Bush», une expression accolée au Premier ministre britannique (version Fabius). Fabius tient aussi à faire «la différence entre la politique de George Bush, qui est détestable, et le peuple américain, qui est un ami». Il faut dire «la vérité» aux Etats-Unis et «ne pas être soumis à une hyperpuissance». Des mots identiques à ceux de DSK, pour qui il convient de «leur parler comme à des alliés. Il faut des relations de franchise et ne pas apparaître comme des petits frères». Royal défend sa position en se plaçant «dans la continuité du général de Gaulle».

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